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Poésie Le souci de la poésie

juillet 2025 | Le Matricule des Anges n°265 | par Richard Blin

Recueil de notes ponctué de courts poèmes, Patchwork se nourrit de l’audace des créateurs qui affrontent la réalité à découvert.

Une minutie amoureuse dans l’art de nommer, une écriture nue, dépouillée de toute suffisance, une façon d’accueillir les mots, de les faire venir ou de se laisser surprendre par eux, elle séduit la parole de Christian Ducos telle qu’elle apparaît dans Patchwork, une suite de pensées mêlant le poème à la prose.
Un livre où chaque notation est séparée de la suivante par un espace – ce qui ménage une temporisation propice à la dérive rêveuse – et crée une discontinuité qui multiplie les départs et renouvelle l’attention du lecteur. À ce plaisir de la découverte et du vagabondage s’ajoute celui de voir une pensée en acte qui est souvent le fruit du retentissement d’une lecture ou de son prolongement. Des pensées qui ne s’organisent pas en la fausse simultanéité d’une œuvre, mais sont préservées comme une réalité parmi d’autres, et comme autant de jalons, de traces, d’étapes témoignant d’un rapport passionné à la littérature et à la poésie. Car Christian Ducos, né en 1955, qui a commencé à écrire très tôt – Kenneth White et Jean-Paul Michel furent pour lui des déclencheurs – a connu, autour de sa vingt-cinquième année, une crise existentielle telle qu’elle l’a conduit à cesser toute activité poétique. Jusqu’en 2010 apparemment, année où il crée sa propre structure d’édition, baptisée en hommage à Rimbaud, Le Pauvre Songe (qui est le titre du quatrième poème de la suite intitulée Comédie de la soif). Il y publie ses deux premiers livres, Trois poèmes et Douze bougies pour éclairer la lune. Depuis, en tant que poète et essayiste, il a évoqué les tableaux qu’il aime (Tableaux/Poèmes, 2022) et l’œuvre de Cézanne, et plus spécialement Les Grandes baigneuses dans Le Chaînon bleu (2018), Cézanne étant pour lui « la projection en peinture de ce que Rimbaud aurait pu être en poésie s’il avait continué d’écrire ».
« Il faut avoir un jour, vraiment, je veux dire définitivement, renoncé au poème, – lui qui avait auparavant rempli les jours et les nuits – l’avoir banni de ses pensées, de ses actes, de sa chair, et vivre alors ce que la vie exigeait d’être vécu, pour mesurer à quel point, des années plus tard – par dizaines – retrouver en soi le souci de la poésie aura pu être cet événement bouleversant qui réoriente brutalement tout le sens d’une vie vers un pôle magnétique jusqu’alors désactivé. Rien n’est changé mais tout est transformé. » C’est ce regard renouvelé sur les choses, la vie et la nature de l’expérience poétique que, de manière diffractée – c’est-à-dire en s’appuyant sur Baudelaire, Bach, Rimbaud, Nietzsche, Agamben, Ryôkan, Kafka, Joubert, Pascal, Gombrowicz… – rend compte Patchwork.
Par-delà ce qui tient à un art de vivre – « Attiser les causes sans se brûler au feu des conséquences » – ou relève de propos aphoristiques qui résumeraient une expérience en même temps qu’elle la mettrait à distance – « Le silence est un cri de papillon. » –, et par-delà des considérations plus philosophiques – « Qu’adviendrait-il d’un oiseau en plein vol si par malheur il venait à prendre conscience de son état d’oiseau ? (…) Expulsé de l’impensé, de l’incalculé (…) comment l’oiseau pourrait-il survivre à pareille violence ? » –, c’est ce qu’il en est de la nature du poème ou de la façon de le lire que nous entretient surtout Christian Ducos. « La lumière creuse, évide, troue. L’ombre comble. Et puis tout se renverse. L’ombre creuse, évide, troue. La lumière comble. C’est le poème. »
« Un poème ne règle rien. Ne résout rien. N’éclaire pas. N’ordonne pas. » Comme si la poésie naissait du glissement de la voix vers ce qui déborde tout sujet, n’était qu’étonnement sans principe, intersection de toutes les virtualités. « Demande à la poésie tout ce qu’elle ne peut pas te donner. » À sa façon – éclatée, acérée – Patchwork nous dit que la poésie est une manière d’être qui, dans et par le langage, nous fait sans cesse renaître au monde et, simultanément, fait renaître celui-ci, le transfigure. Une façon de mesurer et de dé-mesurer la réalité, de savoir « laisser ouvert l’Ouvert » qu’en tant que lecteur de poésie nous ne pouvons que partager.

Richard Blin

Patchwork, de Christian Ducos
Le Pauvre Songe, 64 pages, 12

Le souci de la poésie Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°265 , juillet 2025.
LMDA papier n°265
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