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Poésie Écrire le seuil

juillet 2025 | Le Matricule des Anges n°265 | par Guillaume Contré

À travers un dispositif formel ambitieux et un subtil travail de l’image et de l’éclatement de la langue, Julien Boutonnier fait vertigineusement face à la littérature de l’Holocauste.

Le deuil est une coupure, mais c’est aussi un seuil. Que l’on se trouve d’un côté ou l’autre de la coupure, le seuil reste là, car le deuil est aussi ce qui est escamoté lorsque le « s » devient « d » et que l’« euil » ne voit plus sur le seuil que le vide même du deuil. Le deuil serait donc cette frontière où disparaissent le sens, le réel, les perceptions qui les accompagnent et les mots qui les appréhendent. Le deuil nous laisse seul sur le seuil, là où l’on ne peut dire l’indicible puisque les mots du langage et jusqu’aux lettres qui les composent se dématérialisent et s’effacent. L’écriture du deuil, dès lors, serait une tentative de rematérialisation du langage pour que le langage puisse dire ce qu’il ne peut dire et n’a peut-être pas possibilité de dire.
Tout cela, y compris l’effacement et les permutations phonétiques (« seu(i)l »), est au cœur de M.E.R.E, un livre qui totalise l’intotalisable sur plus de 600 pages, entreprise poétique intense se saisissant à pleines mains de ce qui ne peut qu’échapper, courant vers un point de fuite qui tombe dans un gouffre béant. Julien Boutonnier définit au détour d’une page son projet comme « un dispositif qui capture un vide ». Ce vide serait à la fois celui sur lequel buttent toute entreprise poétique et l’impossible incarnation sur la page de la tragédie fondamentale du XXe siècle, ce deuil absolu auquel il semble impossible de faire face. M.E.R.E avance donc sur une ligne de crête, sur un seuil infranchissable qui l’oblige à se remettre en permanence en jeu.
Boutonnier n’en est pas à son coup d’essai. Avec Les Os rêvent (Dernier Télégramme, 2022), il concevait, 700 pages durant, une archéologie onirique de la réalité dans laquelle le monde, y compris dans ses détails les plus matériels, était le produit des rêves des ossements d’animaux morts. À travers l’invention d’une science novatrice, « l’ostéonirismologie », il imbriquait la matière du langage, depuis la surface de la lettre jusqu’à la profondeur du sens, avec celle des corps vivants et des os morts.
M.E.R.E creuse plus avant cette question de la relation entre lettre et corps, disparition et mémoire, entre rêve, interprétation et réalité, tout en radicalisant sa forme. Son sous-titre a valeur de programme : « Rêverie-Auschwitz ». Un programme de prime abord déconcertant que le livre se chargera tout à la fois d’expliciter et de complexifier, d’obscurcir et d’éclaircir, de justifier et d’exploser au fil d’une lecture pensée comme une avancée à tâtons dans un couloir aux miroirs déformants qui forment pourtant peu à peu une image jamais tout à fait complète, un réseau de sens vertigineux, « un livre étant plutôt qu’un miroir la matrice de tout miroir ». C’est un livre qui sème les indices de sa propre compréhension à mesure que se déploient les différentes parties qui le composent, où se mêlent la prose poétique, la narration, les éléments historiques et factuels (à travers le témoignage de Zalmen Gradowski, qui fit...

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