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Domaine étranger Le long chemin du retour

juillet 2025 | Le Matricule des Anges n°265 | par Julie Coutu

Avec tendresse, l’Irlandais Donal Ryan explore la fragilité des liens familiaux, et la meilleure façon de vivre ensemble, malgré les différences.

La Vie est une chose étrange

Quand sa fille disparut, la lumière s’éteignit dans les yeux de Paddy Gladney ; la joie déserta son cœur. » Voilà, pour commencer. Cette phrase dit peu de ce qu’on va découvrir, en même temps qu’elle donne l’essentiel. La Vie est une chose étrange est un roman intime, pudique, tout en retenue, il creuse toujours plus avant, toujours plus profond, pour tenter d’extirper de ses protagonistes une émotion, une humanité, qui nimbent l’ensemble d’une sorte presque d’irréalité. Comme si un conte de fées venait nouer les fils d’une histoire ordinaire pour la transformer.
Une histoire ordinaire, aux accents dramatiques. À County Tipperary, au cœur de cette Irlande rurale, Paddy et Kit occupent depuis toujours leur petite maison en fermage. Ils ont une fille unique, Moll. C’est elle qui un beau matin de 1973 disparaît. Sans bruits, sans heurts, sans rien qui soit venu annoncer son départ. Moll un matin a pris le bus pour Dublin, avec sa valise, petite, discrète, silencieuses. Elle n’est pas revenue. Et la joie de déserter Paddy.
On le sait tout de suite. Ici, pas de rébellion annoncée, pas de crise adolescente, pas de rejet de la famille – a priori. Chez les Gladney, Moll est aimée. Bien sûr, Kit n’a pas le cœur tendre de Paddy, bien sûr, le quotidien se tisse d’heures longues, parfois d’ennui, bien sûr, l’avenir se dessine tout tracé. Pour autant, rien n’explique le départ de Moll.
Tout comme quelques années plus tard, rien n’explique son retour. Le retour d’une fille au pays, avec dans ses bagages un mari, Alexander, si noir au milieu des campagnes irlandaises, et ce petit garçon, Joshua, tout blanc. Un retour, comme si de rien n’était, et rien pour expliquer ces années passées à Londres. Un retour, après un pan de vie comme une parenthèse.
Donal Ryan, en cinq chapitres titrés de la Genèse à la Sagesse, en passant par les Juges, le Cantique des cantiques et l’Exode, raconte une vie de famille, atypique, étrange, avec la simplicité d’un récit pastoral. Les pères y sont les figures aimantes. Paddy, comme Alexander, sont des points d’ancrage, capables de tout supporter, de tout rassembler, et dotés d’une forme de compassion, d’attention, de bienveillance, qui les impose, au centre de la famille. Autour d’eux, Donal Ryan peut décrire la vie dans cette commune rurale, au tournant des années 1980. Et si ce qu’on a l’habitude de lire dans les romans irlandais – le poids des usages, de la tradition, de la religion – est bien présent, on y découvre aussi un monde chaleureux qui va adopter, à force d’habitude, Alexander et Joshua.
C’est chez Moll que subsiste l’étrange. Moll, sa froideur, ses silences. Donal Ryan joue du lecteur ; quand on croit tenir une réponse, elle s’avère mauvaise. Ou approximative. Inexacte. Il y a une problématique Moll, comme il y a une problématique Jackman, la famille qui possède les terres des Gladney. La Vie est une chose étrange est aussi un roman social, un roman d’apprentissage. Mais toutes les pistes amorcées débouchent sur des impasses. Pour trouver une réponse, Ryan va creuser, au-delà de l’apparente simplicité de ce monde rural. Creuser les sentiments : tristesse, nostalgie, amour. Écrire, entre lyrisme et réflexions – tendres autant que douces-amères. Pour aller au bout de son récit, et parvenir, Sagesse oblige, à surprendre, et en dernier lieu, faire éclore un sourire. On trouve parfois, si proches et si lointaines, les réponses évidentes aux tourments d’une existence. Peut-être la meilleure manière de rentrer chez soi.

Julie Coutu

La Vie est une chose étrange,
de Donal Ryan
Traduit de l’anglais
(Irlande) par Sabine Porte, Albin Michel, 256 pages, 20,90

Le long chemin du retour Par Julie Coutu
Le Matricule des Anges n°265 , juillet 2025.
LMDA papier n°265
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LMDA PDF n°265
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