Prendre le temps d’imaginer d’abord le monde derrière ce beau titre, La Petite Zone avec de la lumière. Lire ensuite sans se hâter, en laissant diffuser comme des poèmes les cent et quelques pages de ce délicat récit. Pour son sixième roman, Sébastien Ménestrier a choisi de relater les retrouvailles d’un homme avec les autres. Plutôt que la violente crise qu’il a traversée, dont on ne saura pas grand-chose, l’auteur a préféré suivre la remontée en pente douce de son personnage. Entre l’automne 2018 et le printemps 2019, on accompagne donc ce quadragénaire dont le prénom apparaît au détour d’une phrase, Bastien, qui vit vraisemblablement à Besançon et qui s’accroche à son travail précaire dans une école. « Elle est dans la vie, quand moi je suis plutôt sur le côté. », écrit le narrateur à propos de son ancienne compagne et de lui-même. À l’image de son héros intranquille et effacé, la prose de Sébastien Ménestrier a l’air de rien et peut paraître par moments fade, mais sait capter la solitude et la porosité aux émotions des autres. De son métier d’instituteur, l’auteur semble avoir gardé une sensibilité aux enfants et aux adultes parfois fragiles censés veiller sur eux, ainsi que le goût des mythes et des légendes ; de celui de musicien, le recours vital à la chanson, qui ponctue son roman. « Je veux que les gens entendent ça, les petits riens. », parvient à affirmer Bastien au cours de son réapprentissage, à la fois familial et social.
Peu à peu, avec beaucoup de pudeur et de finesse, émerge la dimension collective du portrait : à l’arrière-plan se dessine la communauté mouvante des Gilets jaunes, tandis que régulièrement Bastien invente les histoires de gens tout juste rencontrés dans son quartier, qu’il dit « populaire » faute de meilleur mot. Sobre et touchant, La Petite Zone avec de la lumière se trouve aussi une famille littéraire aux éditions Zoé avec d’autres écrivains du clair-obscur et des liens à réparer, comme Elisa Shua Dusapin et Gabriella Zalapì.
Chloé Brendlé
La Petite Zone avec de la lumière, de Sébastien Ménestrier
Zoé, 124 pages, 16,50 €
Domaine français Pente douce
septembre 2025 | Le Matricule des Anges n°266
| par
Chloé Brendlé
Un livre
Pente douce
Par
Chloé Brendlé
Le Matricule des Anges n°266
, septembre 2025.

