Nous avions une paix royale, il fallait juste résister à la dépression et à l’envie de noyade. » Ainsi parle Arthur, qui traîne souvent sur le front de mer avec son camarade Raw. Arthur voit les eaux s’ouvrir et sent « le vent souffler l’haleine des dieux », c’est épique, même si à la fin, en fait… il ne se passe rien. Peu importe, Arthur tire les fils de l’existence, jusqu’à ce que ça craque. Quand il tombe, c’est la dissolution totale, il se sent « comme une bouse de vache », et quand la colère le submerge, il est du métal en fusion qui aurait rencontré une vague d’eau glacée. Raw va l’embarquer dans des cours de théâtre – lieu essentiel chez Denis Infante –, il y retrouvera celle qui occupe toutes ses pensées, la belle Galatée. Jusque-là témoin impuissant de son existence, en proie à des émotions contraires, Arthur va devoir prendre en main son destin. Savoir que Galatée est victime d’un chantage à la sextape, va le propulser dans une quête chevaleresque : l’extraire de cette situation, et prier que les dieux les sauvent ou les conduisent à la mort, tels Roméo et Juliette.
Ici, tout est acmé et à chaque page les eaux s’ouvrent à nouveau, les flocons de neige se transforment en « papillons à peine nés, (…) des bouts de papier sur lesquels rien n’était écrit, aucun destin, aucune règle à suivre, pas d’interdit. » Comme dans Rousse ou les beaux habitants de l’univers (Tristram, 2023), où Denis Infante décrivait un monde à hauteur d’animal, se construit une telle promiscuité avec l’adolescent, que ses émotions remplissent chaque espace du roman. Les phrases ont la tessiture de cris de joie, comme de révolte. L’art qu’a l’écrivain de laisser parler Arthur, sans filtre, mais avec justesse, crée des effets stimulants. C’est fantasque, et beau à la fois. Et comme dans le mythe, l’intrigue nous tient : quel avenir pour cet amour impossible ? Un livre de sensations, charnel et puissant, à mettre entre les mains de tous les ados, ou de tous ceux qui ont oublié leurs émotions d’alors.
Virginie Mailles Viard
Tristram, 178 pages, 19 €
Domaine français Ce que nous sommes à la fin, des enfants sauvages de Denis Infante
octobre 2025 | Le Matricule des Anges n°267
| par
Virginie Mailles Viard
Un livre
Ce que nous sommes à la fin, des enfants sauvages de Denis Infante
Par
Virginie Mailles Viard
Le Matricule des Anges n°267
, octobre 2025.

