Créée en 2013 par Fabienne Raphoz, la collection « Biophilia », riche d’une trentaine de titres, reste fidèle à son amour de la nature et de la biodiversité. Elle aime nous transporter dans des contrées lointaines, voire exotiques, entre Montagnes Rocheuses américaines et forêt sibérienne. Elle se consacre conjointement à des animaux sauvages, faucon pèlerin, chauve-souris et loup, sans oublier d’en appeler à la promesse de l’ouvrage de Samantha Walton : Beauté, notre souci.
Cette fois, nous voici certes munis d’allusions à la forêt boréale canadienne, mais surtout au plus près de nous, dans le bocage breton, selon le récit de Maxime Jolivel, qui vient retrouver les paysages chers à son enfance. Pour ce faire, il entreprend en 2023 une randonnée mémorielle et initiatique depuis l’embouchure, dans l’Atlantique, d’un petit fleuve, la Vilaine, jusqu’à sa source, en Mayenne. Soit environ deux cents kilomètres et une douzaine de jours. De bivouac en bivouac, l’observateur ne quitte pas sa vocation de naturaliste et ses « incartades de psychologie aviaire », saluant bergeronnettes et pics épeiches, même s’il s’agit d’une région peu boisée.
Malgré « des ampoules larges comme des taupinières », et en commençant par les rives envasées de l’estuaire, il recherche la Bretagne intérieure, hors des lieux touristiques. Il lui faut se « fondre dans le paysage et vivre dans un confort minimal », ainsi qu’imaginer « le sauvage derrière l’anthropique ». Car la nature, et son agriculture, ne sont pas idéalisées, tant le réalisme reste prégnant parmi « ce paysage buriné par le temps et le travail des hommes ».
Entremêlant des souvenirs personnels, le journal du marcheur ne peut éviter « le passage en ville », « le ronflement des objets roulants », tout en préférant « les plis hercyniens » chers au géologue et cette « vallée du martin-pêcheur », si joliment nommée. Il plante sa tente dans les fougères, parfois y compris dans des propriétés privées, alternant les zones rurales et celles industrielles, qui se consacrent entre autres à la construction nautique. Notre voyageur fait vœu de « lenteur dans un monde en mouvement perpétuel ». Nourri par d’humaines rencontres, dont des pêcheurs, parmi sa solitude, il prend des notes avec scrupule : « je griffonnais mes démoralisations dans mon carnet jaune, affalé sur une petite plage sans sable ». Une telle expérience est précieuse, voire salvatrice : « Continuellement assaillis par des stimuli omniprésents, mes sens s’étaient comblés jusqu’à en déborder ».
La prose du géographe et « géopoète » franco-canadien Maxime Jolivel est simple et cadencée, au rythme de la marche. Il n’en est pas à son coup d’essai puisque parut en 2003 son Inspiration sauvage – Côte-Nord, aux éditions Robert Laffont Québec. Il parcourait les forêts, la glace, croisant les rorquals, les ours, les orignaux, jusqu’aux villages inuits.
Thierry Guinhut
L’Appel des campagnes, Maxime Jolivel
Corti, « Biophilia », 144 pages, 18 €
Domaine français Retour aux sources
octobre 2025 | Le Matricule des Anges n°267
| par
Thierry Guinhut
Le journal d’un marcheur, arpentant le bocage breton, le long de la Vilaine.
Un livre
Retour aux sources
Par
Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°267
, octobre 2025.

