Depuis les assassinats pléthoriques chez les historiens romains de la République et de l’Empire, jusqu’au genre conquérant du roman policier, nos bibliothèques regorgent d’actes criminels, à se demander s’il ne faudrait pas imprimer en lettres de sang. Une investigation propulse le lecteur vers des crimes plus livresques encore : Marine Le Bail place « le livre au cœur de l’enquête », au moyen du mot-valise qui forme son titre si explicitement réussi : Bibliocrimes.
Ici les livres sont des agents du crime, des meurtriers à part entière, des indices indispensables à l’intrigue. L’on pense bien sûr au Nom de la rose d’Umberto Eco, dans lequel les coins empoisonnés des pages encouragent à saliver pour les tourner plus aisément. Forcément le topos du « cadavre dans la bibliothèque » est récurrent. Alors que la convoitise d’un livre rare peut pousser le bibliomane au meurtre afin de s’emparer. Bibliothèques fanatiques, biblioclastes, « assassins devenus écrivains », l’on est stupéfait de découvrir tant de cas pendables. De surcroît, peut-on imaginer que le faux livre tue la vérité ? Que les livres diaboliques encouragent aux péchés capitaux rapidement criminels ? À l’inverse d’une littérature visant à améliorer l’humanité, ou du courant « feel good » qui console et fait du bien, « les bibliocrimes exploitent de manière privilégiée le versant mortifère et menaçant des pouvoirs associés au livre ».
Sherlock Holmes des bibliophiles, des gourmets et autres pervers littéraires, Marine Le Bail nous offre un ouvrage aussi érudit que plaisant, à disposer auprès de celui de Thomas de Quincey : De l’assassinat considéré comme un des beaux-arts.
Thierry Guinhut
Bibliocrimes. Le livre au cœur de l’enquête
de Marine Le Bail
La Baconnière, 288 pages, 21 €
Essais Bibliocrimes. Le livre au cœur de l’enquête
novembre 2025 | Le Matricule des Anges n°268
| par
Thierry Guinhut
Un livre
Par
Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°268
, novembre 2025.
