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Essais Mettre les voiles, tirer les bords

novembre 2025 | Le Matricule des Anges n°268 | par Jérôme Delclos

Un stimulant volume collectif consacré au philosophe Walter Benjamin, parce qu’il y a à « défendre encore quelque chose » en Europe.

Walter Benjamin en exil : entre expérience et pauvreté

Les actes de colloques découragent : c’est touffu, compliqué, ça pinaille. C’est lourd, ici 820 grammes sur la balance, le poids d’une boule de pétanque mais farcie au mercure. Pourquoi alors prendre le temps de se plonger dans les 38 textes de Walter Benjamin en exil : entre expérience et pauvreté, somme d’un colloque tenu à Rennes en 2021 et de conférences données en 2011 et 2012 ? La question trouve sa réponse dans ce livre collectif voulu par Christophe David et Florent Perrier en écho à la boutade de Walter Benjamin « Penser signifie « mettre les voiles » », entendu que « la façon dont elles sont mises, voilà ce qui est important ». D’où le programme, et pour la « façon » disons en tirant des bords, de « penser à contre-courant et, sans nul doute, en résistance constante face à toutes formes de vents contraires » : vents mauvais dont Benjamin connut l’épreuve et avec elle le désir mâtiné de chagrin de « faire advenir un monde autre à distance du fascisme ».
Plusieurs des auteur.ices le rappellent : à Adorno qui en 1938 lui enjoignait de fuir en Amérique, Benjamin répondit « Il y a en Europe des positions à défendre ». Et c’est la même raison, têtue, qui nous commande de lire, relire Walter Benjamin qui s’est trouvé au plus près, et sur le mode extralucide, du péril dans lequel nous sommes encore ou à nouveau. D’autant que la disparition de « l’expérience » que pointait le penseur en 1933 dans « Expérience et Pauvreté » a forci, est devenue la norme. Et cette urgence à reprendre Benjamin est plus encore la nôtre, nous les beaux esprits qui lisons de la « littérature » et pouvons croire le faire comme en étant préservés de l’époque qui empoisonne ou au moins neutralise nos lectures. Là-dessus, la contribution du germaniste Bernd Witte, « La littérature, médium de la mémoire collective. Sur l’actualité de Walter Benjamin », est centrale. Benjamin aujourd’hui « peut passer en premier lieu pour un des fondateurs de la théorie et de l’histoire des médias au XXe siècle ». Un fondateur prophétique, ainsi de ce passage cité par Witte : « La photographie permet pour la première fois de fixer durablement et sans équivoque les traces d’un être humain. Le roman policier surgit à un moment où cette conquête radicale entre toutes, sur l’incognito de la personne, était assurée. Depuis lors, il n’y a pas de fin prévisible aux efforts entrepris pour mettre celle-là en état d’arrestation pour son dire et son agir. » Nous y sommes, en plein.
Tirer des bords, tous azimuts. Sonia Dayan-Herzbrun propose ainsi une fine lecture benjaminienne de Frantz Fanon, Vincent Chanson peint Benjamin en défricheur « du modernisme architectural et urbanistique » qui renouvelle le concept de « pauvreté », Stefano Marchesoni nous le montre qui imagine « une conception nouvelle, positive, de la barbarie », et Christophe David, en miroir, demande « Et si les barbares étaient en dernière instance les enfants ? ». De nombreux textes concernent les conditions réelles de l’exil du Berlinois, ses lieux, Paris bien sûr (Jean Lacoste) mais aussi Ibiza, Marseille et là ses relations avec Jean Ballard (Anne Roche). Ses amitiés, rencontres, correspondances avec des personnalités intellectuelles aussi diverses que Günther Anders, Marcel Brion, Adrienne Monnier, Gisèle Freund, Bataille (Muriel Pic), etc. Il est aussi question du dernier amour de ce cœur d’artichaut qu’était Walter (Lionel Richard), de sa Bibliothèque, des auteurs sur lesquels il travaillait en exil, Proust et Baudelaire au premier chef. Le volume se ferme sur une traduction nouvelle du texte majeur « Expérience et Pauvreté », précédée par une enquête de Nathalie Raoux sur la mort du philosophe.
L’ouvrage est dédié à feu Henri Lonitz, qui citait Benjamin : « Le passé est marqué d’un indice secret, qui le renvoie à la rédemption. Ne sentons-nous pas un faible souffle de l’air dans lequel vivaient les hommes d’hier ? (…) S’il en est ainsi, il existe un rendez-vous tacite entre les générations passées et la nôtre ». En des temps où l’on étouffe, le rendez-vous qu’offre le livre avec le plus actuel des grands penseurs du XXe siècle nous oxygène.

Jérôme Delclos

Walter Benjamin en exil : entre
expérience et pauvreté
,
sous la direction de Christophe David et Florent Perrier,
Pontcerq, 719 pages, 37,50

Mettre les voiles, tirer les bords Par Jérôme Delclos
Le Matricule des Anges n°268 , novembre 2025.
LMDA papier n°268
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LMDA PDF n°268
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