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Domaine français Entre Suisse et Roumanie

novembre 2025 | Le Matricule des Anges n°268 | par Anthony Dufraisse

Constituant un album d’images mentales, Marius Daniel Popescu raconte ce qui résonne d’un lieu de vie dans un autre.

Tu veux témoigner de ton vécu dans le pays de là-bas, tu as en toi le rythme des mots du pays d’ici. » Né en 1963 dans la Roumanie de l’omnipotent Ceausescu, Marius Daniel Popescu écrit en français et vit depuis une trentaine d’années à Lausanne où il travaille comme chauffeur de bus. Voilà pour les présentations. Rien que ça, c’est déjà toute une histoire. Ces éléments biographiques, on les retrouve pour partie transposés dans ce roman, le troisième publié chez Corti après La Symphonie du loup (2007) et Les Couleurs de l’hirondelle (2012). Cette condition d’homme ayant pris racine dans une terre d’adoption donne forcément à Popescu le goût des vies multiples, parallèles, poupées-russifiées, si on veut bien nous autoriser ce néologisme. Ici, l’alter ego de l’auteur se met à distance en recourant à la deuxième personne du singulier (ou du pluriel quand sa voix se fait porteuse d’une parole collective) et il en fait un usage répétitif, ce qui lassera peut-être par moments le lecteur ; on ne saurait trop dire en effet si cette approche itérative est hypnotique ou agaçante. En tout cas, c’est une écriture lancinante, calme et profonde à la fois, un peu comme une vague dont le va-et-vient irrépressible dépose sur le rivage, entrechoqués, de petits coquillages. Dans ces pages, les coquillages sont des souvenirs du temps de la dictature du parti unique qui se mélangent aux aléas de l’existence helvète, de la vie-comme-elle-va. Ce qui intéresse Popescu, c’est comment les hommes passent dans la vie les uns des autres. Comment, la traversant, ils y laissent une trace.
Tramé de digressions et d’allers-retours constants entre passé et présent, donc entre Roumanie et Suisse, sans réel fil conducteur autre que la submersion mémorielle, le roman essaie de passer de l’autre côté des apparences, des gestes, des mots, des regards. Selon l’éclairage qu’on leur donne, même les épisodes les plus anodins s’éclairent étrangement. À travers ses réminiscences, par exemple celle d’une pêche d’un gros barbeau dans l’enfance, et l’évocation d’instants parfois triviaux de son quotidien en Suisse, le narrateur exprime les pensées vagabondes ou insondables des êtres qu’il croise. Il s’en fait le réceptacle, le porte-voix, l’écho. « Chaque être humain est une forêt qui marche. (…) Nous sommes des arbres qui parlent, qui vont et qui viennent. (…) Tu feuillettes les forêts de ta mémoire et les papiers éparpillés sur ton bureau, tu touches des objets venus de toutes les forêts du monde, tu racontes un brin de ton existence d’arbre humain : larmes de feuilles brindilles genèse, tu es source tu es mélèze. »
Constituant un album d’images mentales, Popescu raconte ainsi ce qui résonne, fugitivement ou durablement, d’un lieu de vie dans un autre. « Chaque personne est un témoin unique de l’humanité », philosophe le narrateur, un peu chamane interprétant les signes du monde, dont le vibrato humaniste chante le réel, la nature et l’amitié.

Anthony Dufraisse

Le Cri du barbeau,
de Marius Daniel Popescu
Corti, 211 pages, 21

Entre Suisse et Roumanie Par Anthony Dufraisse
Le Matricule des Anges n°268 , novembre 2025.
LMDA papier n°268
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LMDA PDF n°268
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