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Domaine étranger Naviguer en Amour

novembre 2025 | Le Matricule des Anges n°268 | par Anne Kiesel

L’archéologue Katariina Vuori part à la recherche d’un marin du XIXe siècle. Une quête aussi personnelle que passionnante.

Le Capitaine fantôme

La couverture est gracieuse, mais il ne faut pas s’y fier. On y voit, joliment dessiné, un ancien deux-mâts à voiles carrées qui fend l’eau (ou l’air ?) au milieu de rochers dodus, à moins que ce soient des nuages. Au premier plan, des cordages rougis, d’antiques poulies. Qu’est ce qui se cache là-dessous ? Un récit maritime historique et poussiéreux ? Point du tout ! Katariina Vuori est une archéologue finlandaise, spécialiste de l’histoire de la navigation. Dans cet objet littéraire, elle entremêle, sur 400 pages, deux navigations qui se croisent sur les cartes marines, à environ un siècle de distance. Ce n’est pas un roman, tout semble y être vrai. Et c’est beaucoup plus qu’un récit classique, tant l’implication de l’autrice s’y révèle, au fil d’une narration très personnelle. 
Elle raconte comment, le 19 janvier à 21h27 (mais de quelle année, le lecteur fait d’emblée connaissance avec sa malice), elle est soudain accrochée et intriguée par l’itinéraire d’un compatriote, le capitaine Fridolf Höök. Un rude marin qui fuit la grande famine régnant en Finlande à la fin du XIXe siècle et qui part, avec des volontaires, fonder une colonie au fin fond de la Sibérie, dans la région de l’Amour.
On pourrait expliquer que la première partie raconte la longue navigation, via le cap de Bonne-Espérance et Bornéo jusqu’à ces territoires glacés. Et la deuxième, l’installation des Finlandais en Sibérie. Mais l’essentiel est ailleurs, dans la quête de Katariina Vuori pour retrouver, par bribes, des éléments biographiques sur Fridolf. Dans son acharnement à mener l’enquête, par tous les moyens contemporains. Et dans la relation qu’elle établit avec son héros. Elle s’adresse à lui, elle le tutoie. Page 129, elle l’appelle « cher Fridolf », page 138 elle est passée à « toi mon chéri ».
En parallèle, Katariina Vuori raconte la longue navigation qu’elle a effectuée, pendant plusieurs années avec son compagnon de l’époque, Nick, à bord du voilier Zest of Hong Kong. Le charme de ce livre tient au tricotage entre ces deux routes maritimes, ces deux cheminements de vie. L’autrice, totalement néophyte quand elle embarque avec ce Nick, rencontré à peine quelques jours plus tôt, apprend sur le tas. Et ce qu’elle vit en mer lui donne de l’épaisseur pour raconter et imaginer le comportement de Fridof sur son bateau à lui. Elle écrit avec beaucoup de grâce et de simplicité. La version française coule comme du miel. 
Nous sommes avec le jeune couple, au moment où il largue les amarres et quitte Singapour, après une escale trop longue. « L’océan est huileux et gras, mais nous glissons sur sa surface, et quand, dans la nuit, la pluie se met à tomber, elle emporte avec elle les réveils matinaux, les horaires de travail et toutes ces choses inutiles. » Parce que Katariina et Nick, tout comme Fridolf avant eux, ont choisi de courir les mers à la recherche d’une forme d’utopie. C’est un sacré point commun qui les relie. Ils ont les mains et le corps dans le concret, crochant dans les voiles, affrontant tempêtes et pétoles. Et l’esprit cherchant à rendre possible cet idéal, quelque part ailleurs. Katariina rêve de Thomas More, l’auteur, au XVIe siècle, de L’Utopie. Il lui parle de son utopie. « Écoute-moi bien gamine. Vous utilisez ce mot d’une manière bien trop négligente de vos jours. » Et de lui donner une leçon d’utopie, par-delà les siècles.
Katariina Vuori raconte tellement bien ses recherches dans les archives, sa manière de fouiller l’internet, de relancer ses interlocuteurs russes par mél. On se surprend à vérifier si c’est vraiment son premier livre, comme l’indique l’éditeur. Et voilà comment on découvre toute une liste de ses publications, sur Wikipédia en finnois « Katariina Vuori (s. 1971 Oulu) on suomalainen kirjailija, taidepedagogi ja kirjallisuusterapiaohjaaja. » Le début d’une autre quête…

Anne Kiesel

Le Capitaine fantôme, de Katariina Vuori, traduit du finnois par Taina
Tervonen, Marchialy, 416 pages, 23

Naviguer en Amour Par Anne Kiesel
Le Matricule des Anges n°268 , novembre 2025.
LMDA papier n°268
7,30  / 8,30  (hors France)
LMDA PDF n°268
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