Tout ce roman tient dans le parcours de son auteur, Usama Al Shahmani. Né à Bagdad il y a une cinquantaine d’années, spécialiste de la littérature arabe contemporaine, il est contraint de fuir l’Irak en 2002. Son chemin d’exil le mène en Suisse. Les Arbres ici parlent aussi l’arabe est son premier roman écrit dans sa langue d’accueil, en allemand. Depuis, il y en a eu quatre autres et l’auteur est devenu critique littéraire.
On y découvre les grands et petits écarts entre la langue et la culture d’origine, la langue d’arrivée, les particularités suisses qui chatouillent agréablement le lecteur hexagonal (quand on est étudiant, on fréquente l’uni et non la fac, et si on vous conseille quelque chose on vous dit que vous aurez meilleur temps). Mais le cœur du récit est bien le déchirement du personnage principal qui arrive en Suisse, découvre les manières de vivre occidentales, cherche n’importe quel travail. La chronologie est parfois un peu bousculée (le jeune homme exilé, qui partageait une chambre avec un compatriote dans un foyer pour demandeurs d’asile, se retrouve soudain dans un appartement avec épouse et bébé au sein). Peu importe. Son jeune frère Ali, resté au pays, disparaît brutalement. Les atrocités continuent après la chute de Saddam Hussein, on torture dans les prisons, des centaines de milliers de personnes disparaissent, notamment durant la guerre civile de 2005 à 2007. Le narrateur, qui a les pieds en Suisse et l’âme en Irak, s’apaise en marchant en forêt, en parlant aux arbres. La nature console, l’amitié répare, les relations humaines permettent de surmonter les épreuves (il y a deux beaux personnages de Suisses accueillants). C’est sincère et touchant. Un petit dattier en pot est offert par l’ancien compagnon de chambre du foyer d’asile. Un arbrisseau fragile. « Fais avec lui ce que ton grand-père faisait avec ses dattiers : parle-lui. (…) Dis-lui qu’il passera l’hiver. (…) Il a sûrement des racines arabes, il te comprendra, même s’il ne dit rien. »
Anne Kiesel
Les Arbres ici parlent aussi l’arabe,
d’Usama Al Shahmani
Traduit de l’allemand par Lionel Felchlin, La Veilleuse, 180 pages, 18 €
Domaine étranger Les Arbres ici parlent aussi l’arabe
novembre 2025 | Le Matricule des Anges n°268
| par
Anne Kiesel
Un livre
Par
Anne Kiesel
Le Matricule des Anges n°268
, novembre 2025.

