Thessalonique ou Salonique, baignant ses quais dans la mer Égée, son arc de Constantin, sa Tour blanche, son port, son grand incendie de 1917 (une étincelle de cuisine frappant un tas de paille 3, rue Olympiados ravagea la moitié de la ville construite en bois), des massacres antiques à la déportation de la communauté juive de 1943, cette ville cristallise l’Histoire avec une énorme hache. Elle s’est inscrite comme une ville mosaïque et, partant, un lieu irremplaçable. Dix prosateurs grecs actifs le siècle dernier en évoquent les contours et les charmes, les mystères et les drames dans une anthologie qui fait suite à Poètes de Thessalonique (1930-1970) publié l’an dernier chez le même éditeur. Avec Nìkos Gavriil Pentzìkis (1908-1993), ce « Byzantin surréaliste » (Jacques Lacarrière) – il évoque « Mère Thessalonique » par le détail de « Tout l’ordinaire dans la boîte à déchets. On vide les ordures dans la charrette dont la cloche sonne » –, son fils Gabriel (mixeur de langues), le rare Kàrolos Tsìzek (1922-2013) dont la famille s’est installée dans la ville en 1929, Yòrgos Ioànnou (1927-1985), l’auteur du Sarcophage, ou l’exubérant Thomas Korovìnis, la ville est passée au tamis.
Ne manque à l’appel que Nikos Kokàntzis dont la Giaconda appartient au catalogue des éditions de l’Aube. Il est bien naturel qu’un de ces grands amoureux de la cité manque à l’appel car une certaine tradition de l’exil n’a pas disparu comme le confirme Andònis Souroùnis (1942-2016) : « Bientôt toute la maison retentit de clameurs et de sanglots. C’était une très grande maison turque. Nous étions alors une vingtaine à y vivre, tous de la même famille, et nous allions tous, l’un après l’autre, accomplir ce voyage. (…) Le seul rire au milieu des lamentations, c’était mon oncle. » Ville que l’on quitte, Thessalonique est naturellement une ville que l’on regrette, et la Grèce un pays où l’on revient. Souroùnis fut en Allemagne et en Autriche employé de banque, groom dans un hôtel et même joueur de roulette professionnel… S’il est mélancolique ou nostalgique, l’exilé doit rester souple et imaginatif.
Éric Dussert
Thessalonique en prose Collectif
Traduit du grec par Hélène Zervas & Michel Volkovitch, Le Miel de anges, 180 p., 12 €
Domaine étranger Thessalonique en prose
janvier 2026 | Le Matricule des Anges n°269
| par
Éric Dussert
Un livre
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Le Matricule des Anges n°269
, janvier 2026.
