La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un auteur
L’affolement de la perte
Le Syndrome de Gramsci et La Castration mentale évoquent un apocalypse culturel à venir. Le premier sur le mode de la fiction, le second sur celui de l’essai. Deux livres de l’éveil.
Le Syndrome de Gramsci pourrait être une longue lettre écrite à une femme. C’est ainsi en tout cas que se présente le roman qui n’a de roman que le nom. Le narrateur s’adresse à un vous derrière lequel se cache une amante. Sa missive revêt un caractère obsessionnel. Notre narrateur, lors d’une discussion avec un ami en Italie, a eu tout à coup un trou de mémoire à propos d’un nom propre,...
Un auteur
Piazza d’Italia
Les éditions Le Temps qu’il fait ont créé leur revue. Présentée très sobrement sur un papier velin ivoire, avec un arbre fruitier dessiné en couverture, Chef-Lieu, c’est son nom, (en hommage à Jean Follain) est tirée à 800 exemplaires. Comme le précisent ses fondateurs, « elle veut donner à découvrir plus qu’à reconnaître. Elle n’a pas de programme, mais quelques principes. » Une absence de...
Un livre
Terrenoire
de
Jean-Marc Tisserant
Dorures et lambris
Jean-Marc Tisserant est un écrivain qui aime à caresser les mots. Sa prose pourrait fort bien être retenue pour servir de dictée dans les collèges. C’est une langue qui sait se tenir, vêtue de quelques rares parures qui cherchent à la rendre distinguée, affublée de nombreuses références (Flaubert souvent, Schopenhauer bien sûr, Hugo hélas…), et parée de multiples petits chapeaux pointus,...
Un livre
Proses du fils
de
Yves Charnet
Podalydès - Charnet : frères de parole
Deux comédiens, Jacques Bonnaffé et Denis Podalydès se battent depuis plus d’un an pour faire découvrir le premier livre d’Yves Charnet, Proses du fils. Quand le théâtre joue les éditeurs de la parole, histoire d’un accouchement par la voix.
Je suis tombé de ma mère. Pomme pourrie dans le panier percé du cri. Ame béante et bouche à zéro. » Il s’agite l’idiot, les yeux ronds et blancs tellement ils s’ouvrent dans le décor noir de la scène. Il invective les cieux, il se recroqueville, il se crispe autour d’une parole absente : « Notre défaillance fait de nous des êtres béants » et il se secoue, l’idiot bâtard sur la scène sombre,...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...


