Jim Harrison, féminin de nature
Ce n’est pas la moindre des qualités de Métamorphoses : faire un choix dans l’extrême diversité de l’œuvre de Jim Harrison composée de romans, novellas, poèmes, chroniques, essais. Sans parler des scénarios. Brice Matthieussent son traducteur et complice français s’est attelé à la tâche. On n’aurait pas imaginé un tel volume sans Dalva, œuvre aussi dense que bouleversante, roman de toute une histoire de l’Amérique, intime autant qu’universel. Dalva qui brille au firmament des plus grands romans mondiaux. Republier Dalva dans un volume anthologique impose de publier aussi sa suite, La Route du retour. À ce diptyque monumental, Métamorphoses adjoint deux novellas parmi les plus éclairantes : La Femme aux lucioles et Julip issues chacune des livres éponymes ainsi que Épouses républicaines tirée de L’Été où il faillit mourir et La Fille du fermier qu’on trouve dans Les Jeux de la nuit. Les aficionados de l’auteur de Légendes d’automne qui ont placé sous vitrine tous les livres de Jim Harrison se réjouiront toutefois de quelques textes inédits, dont un poème, qui s’accordent tous à mettre la femme au centre de l’attention du lecteur. Ils trouveront aussi une roborative biographie de leur écrivain préféré, agrémentée d’une série de photographies sur lesquelles rêvasser longtemps (de grands espaces, de chasse, et d’amitiés gastronomiques). Plus encore, ils se nourriront d’une préface dans laquelle Brice Matthieussent évoque la transformation d’une écriture qui, jusqu’à Dalva, semblait emprunter son imaginaire au monde machiste mais qui, dès, Dalva, fit entrer Harrison au Panthéon des écrivains féministes. Le volume fait plus de 1100 pages à la typographie serrée, dense comme le repas de 37 plats que l’ogre du Michigan s’offrit en compagnie, notamment, de l’écrivain Gérard Oberlé. En plat de résistance, Dalva et La Route du retour comptabilisent plus de 700 pages à eux seuls.
Le diptyque raconte la saga des Northridge en Amérique depuis le premier d’entre eux, John Wesley Northridge, pasteur et herboriste, chargé d’inculquer aux Indiens nomades l’art de cultiver les terres pauvres que les Blancs leur ont laissées. Son arrière-petite-fille Dalva, femme indépendante et libre, aussi libre que peut l’être une héritière détient l’histoire secrète de sa famille. Dalva est le fruit mûr d’un arbre aux racines qui plongent dans les terres du Nebraska où se trouve la ferme familiale, comme dans l’histoire des Sioux dont une partie de son sang porte la trace. Cavalière habituée à chevaucher dans les Grandes Plaines, Dalva est éduquée par sa mère, habile connaisseuse de l’âme humaine et son grand-père John Wesley 2e du nom, personnage haut en couleur, figure tutélaire de la famille dont le fils est mort à la guerre. Elle grandit à la ferme, auprès des chevaux et des oies, au cœur d’un espace sauvage qui laisse entendre le chant des coyotes. L’arrivée de Duane, jeune sang mêlé, plus indien qu’elle, va bouleverser sa vie que le roman déroule en bousculant...


