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Domaine français L’exilée sans retour

janvier 1993 | Le Matricule des Anges n°3 | par Frédérique Roussel

Née en Argentine, mais française d’origine, Silvia Baron Supervielle avec Le Livre du retour, raconte la quête d’un voyage impossible. Ecriture poétique et déliée pour un long périple.

La quête de soi-même. Les mots de l’é-perdue sont restés sur un rivage, au bord d’un fossé où s’est engouffrée la mer, et la distance s’est brusquement creusée entre elle et « nous ». « La mer organise notre lumière : elle est notre centre, notre industrie, notre voyage. Elle nous a été accordée en substitution. Puisqu’il ne nous est plus permis de voir, un miroir a été répandu à nos pieds ».
L’inconnue part pour reprendre forme, aborder le rivage du départ, avec l’idée d’un domicile. A quoi ressemble-t-il ?, s’interroge-t-elle, en consultant la surface miroitante qui l’en a éloignée. A quoi ressemble-t-il ? questionne vainement en écho le lecteur, embarqué déjà dans un tourbillon sonore et musical, où toute référence au réel semble avoir été abolie. L’oeil attentif se raccroche au passage à une plage, une gare, un hôtel et une île. Il s’attache à redessiner intérieurement une géographie, où l’être évolue familièrement. Mais les lieux et leurs étiquettes n’ont désormais plus d’importance. Les dénominations salvatrices réduiraient l’horizon. D’ailleurs, l’exilée non plus n’a pas et ne connaît certainement pas son propre nom.
Elle veut entreprendre le voyage mais le retour lui est refusé par un courrier, qui lui donne de palper en même temps la réalité de ce pays qu’elle recherche. Mais il arrive comme une sentence : elle ne fera plus partie de ce côté-là de la mer, de la terre, des siens, de ses morts, ni de sa langue. Car, « celui qui a été frappé d’un départ ne sera en aucun cas autorisé à faire le voyage du retour ». La distance vers l’autre rive d’un coup disparait et il ne lui reste plus qu’à « réfléchir à ce livre qui échappait aux réalités fallacieuses de la mémoire… ». Le Livre du Retour en somme. Le point de commencement étant désormais l’inconnu.
Gloria non plus n’a pas franchi la mer. Elle a vécu seule avec son père dans le phare de Longstone et ne connaît pas le continent. Une nuit, un naufrage presque attendu, et l’adolescente devient héroïne. Sa vie ensuite a basculé vers l’océan. La narratrice interroge les estampes où, lumineuse, la figure de Gloria semble donner la clef. Chevauchant Adios, elle longe la « phrase gémissante blanche », envisage l’horizon et tente de « récollectionner le Livre du retour ». D’où est-elle ? Où ira-t-elle ? « A toute heure on se heurte à ses miroirs qui changent de place et qui sont simplement nous-mêmes. De sorte que l’on se heurte contre soi, contre la forme fuyante, introuvable de soi, soi étant, de plus, à contre-temps, à contre-jour et surtout à contre-nuit puisque, lorsque celle-ci survient, le raz-de-marée se ravive tant dans le coeur de Gloria que dans le mien ».
Silvia Baron Supervielle manie en poète les correspondances, les entrelacs de phrases. Sa prose dense, loin de toute complaisance, fait sens. Elle emporte sans armes et bagages, loin des repères d’un monde de dénominations et différenciations. De ce côté-ci du littoral, le prosaïque retient les êtres. Flux et reflux, ses mots comme les vers qu’accoutumée elle tresse, emmène sur les crêtes d’un au de-là sans histoire.

Le Livre du Retour
Silvia Baron Supervielle

José Corti
240 pages, 100 FF

L’exilée sans retour Par Frédérique Roussel
Le Matricule des Anges n°3 , janvier 1993.