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Domaine français Le poil à gratter

septembre 1996 | Le Matricule des Anges n°17 | par Éric Dussert

L’oeuvre de Charles-Albert Cingria a reçu les suffrages de Paulhan, Réda, Dhôtel et Jaccottet. Anthologie de ses chroniques anti-conformistes.

Charles-Albert Cingria est un personnage de haute fantaisie, à la fois bohème et remuant, fana du vélocipède et chroniqueur intempestif… Bref, un personnage que l’on n’est jamais certain de saisir, doublé d’un narquois qui n’a pas gardé les mots dans ses poches. Les quatre mille cinq cents pages de ses Œuvres complètes en ont déjà témoigné, elles alignent dix-sept volumes, y compris la correspondance (l’Âge d’Homme, 1970-1981). Si le monument est susceptible d’éloigner le lecteur impressionnable, les éditions de l’Escampette proposent Cingria écrivain, une petite anthologie qui en favorisera l’accès. On y trouve extraite de revues suisses (Lettres, l’Action, la Semaine littéraire) ou françaises (l’Art vivant, Cahiers de la Pléiade, Nrf), une trentaine de chroniques qui dévoilent la langue bariolée et mordante du « Turc de Fribourg » -né à Genève en 1883, il a passé une partie de son enfance à Constantinople d’où ce sobriquet que l’on peut également attribuer à la forme d’esprit, disons byzantine, qu’il a développée.
Fixé à Paris en 1904 après des années de vie itinérante, il devient comme Léon-Paul Fargue un membre actif de l’amicale des piétons de la capitale, cette confrérie des « Rois fainéants » qui croque les scènes de rue, s’enflamme pour le manège des pigeons de la place Saint-Sulpice ou le costume des cyclistes. Sa rétine est allumée par le petit fait divers. « Qu’est-ce qu’il y avait ensuite dans le journal suspendu aux grilles du métro Invalides ? Il y avait qu’un dépôt de bananes avait sourdement éclaté (…) Comme c’est Paris ça aussi ». C’est bien de Cingria ce goût du cocasse. Tout comme l’usage du coq-à-l’âne dont il a fait une marque de fabrique. André Dhôtel était sensible à son « art de parler d’autre chose ».
La loufoquerie de sa prose l’a fait classer parmi les « médiocres délirants » (dixit Drieu La Rochelle) mais, de chroniques badines en papiers d’humeur assassins, ce Suisse acide a eu d’autres occasions de choquer son monde. Grand ennemi du « moderne voulu moderne », et par conséquent anti-surréaliste, il publie dans la nrf ses avis péremptoires : « Ce qui m’incendie le bulbe, moi, c’est le neuf. ». On prendra note de son goût pour les expressions nouvelles tout en constatant que cette liberté de ton l’a marginalisé. Mais il a pris un tel plaisir à taper du pied dans la fourmillière des « talents veules, des mystiques à l’eau de Javelle », à dénoncer la doxa moderniste des élites littéraires. Ses éditeurs n’y coupent pas qui refusent ses manuscrits (« Il faut un degré de crétinisme insondable pour n’avoir pas bondi. ») ou le lectorat étourdi de publicité qui hésite à sortir des sentiers battus. À propos d’Ulysse de Joyce Cingria constate qu’ « on dit quelquefois que c’est un livre impossible à ingérer. C’est le public (…) qui est impossible à ingérer dans la mesure où il est nauséabond ». Et pour la langue de bois, on repassera.
Au fond, Charles-Albert Cingria est resté un gamin. Traversant les Alpes à vélo ou jouissant de la douillette chaleur de son lit, il a vécu doucement d’une écriture opulente. Ses adjectifs joints aux épithètes ont formé un grand bouquet comme cette « splendeur des fauves immeubles noirs où craquent les poutres pendant qu’éclate dans les cours le ramage dévorateur de mille canaris jaune pâle ». Ivre du temps qui passe, il est mort en 1954 sans avoir trop souffert du vague-à-l’âme. « Félicitons-nous qu’à côté, tout à côté -disons une prairie où s’ébrouent les bicyclettes- la vie reste aussi belle. »

Éric Dussert

Anthologie
Charles-Albert Cingria

Présentée par Jean-Louis Kuffer
L’Escampette
(8, rue Porte-Basse 33000 Bordeaux)
163 pages, 99 FF

Le poil à gratter Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°17 , septembre 1996.
LMDA PDF n°17
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