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Essais De l’art d’écrire la peinture

décembre 1996 | Le Matricule des Anges n°18 | par Claude Louis-Combet

Claude Louis-Combet.

Aux Déserts que l’histoire accable : l’art de Tal Coat

Il est des livres dont la beauté d’écriture fait trembler. Celui-ci en est un, rare parmi les plus rares et les plus précieux. Il réunit les quelques textes dispersés que Maldiney a consacrés à Tal-Coat de 1949 à 1993, parus notamment dans Les Temps modernes et Derrière le miroir. Le dernier est extrait de L’Art, l’éclair de l’être publié chez Comp’Act (1993).
Si la peinture fut, pour l’essentiel, en tout cas pour ce qu’il importe d’en savoir, toute la vie de Tal-Coat, la méditation sur cette œuvre, au fur et à mesure de son accomplissement, fut l’un des points d’enracinement de la réflexion de Maldiney sur le lien de l’art avec l’existence. Il y en a d’autres, assurément : Cézanne, Uccello. Mais Tal-Coat offrait, outre la présence irradiante de ses tableaux et dessins, sa propre présence d’homme -amicale, intelligente, créatrice, donnant vie et signification à toute chose du monde. Dans ces pages qui délivrent le sens d’une œuvre, la proximité du peintre qui n’en finit pas de chercher ce qu’il ne se contente pas de trouver, est extraordinairement sensible, au point que l’ouvrage de Maldiney témoigne de la rencontre autant que de l’esthétique. L’une et l’autre sont inséparables et font, ensemble, que le monde est monde -tout en instances d’émotions et potentialités de formes. Le philosophe et le peintre, découvrant et recréant les mêmes traces sous le même horizon, formulent, chacun avec ses matériaux propres, une pensée d’existence, à tout moment mise en partage. Là réside la pertinence du texte : ce n’est pas une réflexion de professeur ou de professionnel, mais une création de parole qui met en jeu tous les pouvoirs d’un poème. Rien de moins analytique mais rien d’aussi pénétrant que le regard de Maldiney qui ne peut s’adonner à une forme que pour autant qu’il s’y abandonne : jamais l’expression ne fixe un objet, jamais, elle ne se referme sur une proie ; elle conduit ce qui s’ouvre jusqu’en son ouverture extrême, elle s’accorde au rythme dont elle n’immobilise jamais le passage. Ainsi le texte accomplit-il l’intention qui se déploie dans la peinture même. Le lecteur, lui, n’aura presque pas besoin de voir pour entendre.
Il entendra, même en dehors de toute image, ce qui est dit de Tal-Coat : « Ses profondeurs sont situées du côté du monde et de la vie. C’est dans une communion avec le monde d’en haut qu’il cherche le clair secret de son unité » (p. 26). Ou encore : « L’eau de Tal-Coat est l’eau même. L’eau vivante qu’on ne peut connaître qu’après l’avoir regardée pendant des jours et l’avoir sentie couler en soi. Et cette communication de la fluidité du monde et de l’écoulement intérieur nous conduit à la découverte de la durée » (p. 37). Et celui qui jamais n’aura vu le dessin que fit Tal-Coat d’une cascade du Tholonet en aura ainsi pour le regard qu’il porte en lui-même : « À même l’écoulement de traits noirs en suspens, dont certains, ralentis, sont retenus en eux-mêmes, cette cascade ne sort pas d’un rocher mais d’elle-même. Elle est suspendue à sa propre apparition dans l’espace de toutes les absences qui s’y précipitent… » (p. 118).
L’écriture de Maldiney accompagne le geste du peintre : elle en prend le relais pour nommer en mots lumineux et rythme de langue ce que la peinture et le dessin retiennent en leur obscurité spécifique, elliptique, fascinante. Elle dit l’espace illimité, les moments radiants, la plénitude environnante où nous sommes perdus, la complicité soudaine de la terre et du ciel… Fidèle à l’espace de l’œuvre dont elle témoigne, la phrase surgit, rayonne, s’ouvre -voix vive du monde et chant profond. Ceux qui ont suivi l’enseignement de Maldiney à l’université de Lyon et qui ont lu les textes trop rares qu’il a publiés seront saisis par l’importance de telles retrouvailles avec la beauté : celle d’une pensée en acte qui aborde l’art comme un sujet d’existence et lui apporte la touche de mots la plus juste qui soit pour l’amener au don d’une présence irremplaçable.

Parmi les derniers ouvrages parus d’Henri Maldiney nous signalons surtout son admirable texte autobiographique In media vita (Comp’Act, 1988) et Penser l’homme et la folie (Jérôme Millon, 1991).

Aux Déserts que l’histoire accable
Henri Maldiney

Deyrolle
208 pages, 145 FF

* Écrivain. Dernières publications : Rapt et ravissement (Deyrolle, 1996), Des mères (Lettres vives)
À paraître : L’Âge de Rose (Corti, décembre 1996), Passions apocryphes (Lettres vives, avril 1997).

De l’art d’écrire la peinture Par Claude Louis-Combet
Le Matricule des Anges n°18 , décembre 1996.
LMDA papier n°18
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