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Domaine français Syncope de réel

septembre 2001 | Le Matricule des Anges n°36 | par Dominique Aussenac

Avec son swing stylistique, Christian Laborde boxe notre société là où cela fait le plus mal. Mais seule la langue triomphe dans Gargantaur.

Musicien, Christian Laborde l’est jusqu’au fond de l’âme. Une âme décalée, rebelle mâtinée d’un certain dandysme, inspirée-aspirée par Rimbaud, l’étoile filante. S’il a choisi la plume, de transformer les notes en mots, c’est pour réorchestrer ses grands classiques -Boris Vian, mais surtout Charlie Parker1, Nougaro2 et Bernard Lubat3- et par là créer une langue aussi inventive que le créole où musiques, mots, accents s’entrechoqueraient, se syncoperaient dans une grande luxuriance d’images, de sons, sang d’encre et de chairs. C’est d’ailleurs ce côté charnel qui troubla la justice qui fit interdire L’Os de Dyonisos en 1987 (Régine Desforges, rééd. Pauvert, 1999), un ouvrage vraiment pas si sulfureux que cela dans lequel un professeur de collège privé est séduit par ses élèves. Censure imbécile. Aujourd’hui, une quinzaine d’ouvrages (poèmes, romans, pamphlets, essais) à son actif, Laborde livre avec Gargantaur une vision sauvage, décapante, hypertrophiée de notre société. Orlando Lac, chauffeur de taxi, au volant de sa DS 19 Prestige privilégie la lenteur, le rêve, la courtoisie et ne transporte que de vieilles gens. Il vit à Stockal, ville de l’Euroland où la nature a pratiquement disparu et la violence urbaine (délinquance, émeutes, répression policière) pullule. Pour se protéger du réel, il lit et raconte l’histoire de Pedro, son aïeul, parti pour l’Argentine, fuir un amour impossible. Cette histoire morcelée, constitue le fil rouge du roman, la zone sensible, humaine, protégée, le reste n’est que dévoiement libéral, marchandisation de la vie, de la mort, exclusion, violence. Elle s’entremêle à la romance torride, brève et qui finit très mal que vit Orlando avec une jeune nymphette.
Ce roman pourrait être terriblement noir, désespéré, si l’humour, l’inventivité, les changements de rythme, les solos tonitruants, baroques (inventaires où métaphores, jeux de langues, références littéraires s’enflent en chorus débridés) ne le ponctuaient. « Cohortes de pneus, cortèges de phares, salade de bruits, folie, folie, essaim de pare-chocs, rasoir, cutters, crocs, dents de loup, klaxons perforant le lard des sièges, la garniture des hommes, viandes, ferrailles, chassie de rouille, vidange des aisselles »… Laborde connaît son métier et l’exerce avec une facilité déconcertante. Cette facilité agace désormais. La ferveur, les tumultes, la force de ses premiers ouvrages ont laissé place à quelque chose de légèrement désabusé, de machinal comme s’il était de plus en plus difficile de transposer les révoltes, les rêves adolescents à l’âge adulte (le syndrome de Rimbaud). Le décalage s’accroît entre la forme et le fond, la structure narrative demandant à être plus travaillée. Gargantaur, roman certes au-dessus de la moyenne, n’apparaît toutefois pas comme le grand oeuvre tant attendu de Laborde. « Il n’y a plus de livres dans les librairies, seulement des manuels, des répertoires, des guides, des aide-mémoire, des vade-mecum, quelqu’un expliquant quelque chose à quelqu’un… » Du feu, sinon rien !

Gargantaur
Christian Laborde
Fayard
210 pages, 110,20 FF (16,80 )

1L’Archipel de Bird, Régine Desforges, 1991
2L’Homme aux semelles de swing, Privat 1984, Régine Desforges, 1992
3Les Soleils de Bernard Lubat, Princi Néguer, 1996

Syncope de réel Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°36 , septembre 2001.
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