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Domaine français Les liens du crime

septembre 2001 | Le Matricule des Anges n°36 | par Thierry Guichard

Dans un polar où les personnages endossent leur rôle avec fatalité, Tanguy Viel joue dans son troisième roman avec les mythes du genre. Noir, impair et gagne.

L' Absolue Perfection du crime

Marin revient de trois ans de cellule pour reprendre sa place au sein de la « « famille » ». Il faut mettre des guillemets, puisque ses membres eux-mêmes en collent à ce mot de « famille » qui dit le souhait d’appartenir à un faisceau de valeurs à l’horizon desquelles il y aurait l’éternité d’un caveau. Andrei, Marin et le narrateur ont fait allégeance à « l’oncle », un vieux mafieu de province, mourant, puis mort quand s’achève le premier tiers du livre. L’oncle qui a dit oui au projet un peu fou de Marin, mais l’oncle qui s’en moque pas mal, au moment de mourir, du grand hold-up envisagé.
Pourtant, officiellement, c’est pour l’oncle et pour la famille que Marin a prévu de cambrioler le casino de la ville portuaire où ils vivent. Marin a dû prendre des cours de management pendant ses trois années de prison, pour manier ainsi les hommes et faire avaler à ses complices la peur qui va avec ce mot de « casino ». Le narrateur revient sur les jours qui précédèrent la nuit du crime. Il raconte l’arrivée de Lucho, qui ne fait pas partie de la famille mais qui sait faire voler les billets de banque. Et combien ni lui-même, ni Andrei ne tiennent à faire ce coup-là. Il dit combien la violence imprévisible de Marin rend impossible la rébellion et combien aussi, Jeanne, la femme de Marin, est belle dans la robe blanche qu’il lui faudra vêtir le jour J. Car il ne suffit pas que les personnages soient prisonniers de leur rôle dans la grande mythologie de la pègre, il ne leur suffit pas, après avoir filmé les abords du casino, de calquer leurs « actions sur ce savoir-là, visuel, cinématographique », il faut encore à Jeanne et au narrateur jouer la comédie, et ce rôle-là lui plaît bien au narrateur, qui joue ainsi à être le compagnon de Jeanne.
Tanguy Viel a dû projeter le cambriolage d’une banque ou d’un casino, pour en savoir autant sur ce qui se trame à l’intérieur des consciences arrosées au cognac, fatiguées par la peur et les jours blafards de l’hiver où les arbres semblent « des plantes aquatiques qui s’étaient libérées de la contrainte de l’eau. » La langue qu’il donne à son narrateur soude parfaitement les scènes de genre, le paysage et tout le décorum aux eaux stagnantes de la psychologie.
L’Absolue Perfection du crime est d’abord un scénario. C’est l’oncle qui a donné le titre mais c’est aux quatre hommes de l’écrire en peaufinant « la ponctuation marquée des actes ». Un scénario impeccable avec « de l’action seulement (…) de l’action même quand on parle. » L’Absolue Perfection du crime, c’est aussi le roman qu’on lit, et qui raconte l’écriture de ce scénario, sa réalisation ensuite, ce qui en découle ; mais en dire plus serait dévoiler trop du livre. Disons seulement que pour obéir à la mythologie des grands polars, la fin, cinématographique en diable offre une poursuite où deux destins se rejoignent pour n’en faire qu’un. Tanguy Viel multiplie les signes tel le rétroviseur américain de la Mercedes de Marin sur lequel est gravé « en anglais, que « les objets dans le miroir peuvent être plus près qu’ils n’apparaissent » ». Ou encore avec le nom fictif que s’est choisi le narrateur pour le hold-up : Sir Oliver Son. Un nom qui signifie « fils » et dont les initiales lancent un S.O.S. désespéré : Save our sauls. Les personnages de roman auraient donc une âme. Si le livre se lit avec cette jubilation déjà ressentie à la lecture de Cinéma (Minuit, 1999), il laisse ainsi derrière lui le fantôme d’une autre histoire. Le narrateur se souvient : « comme on aurait voulu pouvoir se dédoubler, envoyer nos ombres à nos places ». Mais les personnages de roman n’ont pas d’ombre, puisque, aussi bien, ils sont la nôtre…

L’Absolue Perfection du crime
Tanguy Viel
Minuit, 175 pages, 78 FF (11,89 )

Les liens du crime Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°36 , septembre 2001.
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