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Poésie À fleur

avril 2005 | Le Matricule des Anges n°62 | par Emmanuel Laugier

Avec « Le Mot frère », son troisième livre de poésie, Stéphane Bouquet cherche à saisir les séquences vives, rapides par où un monde existe, pour nous, pour notre joie d’y habiter, d’y circuler malgré tout.

Cinq mots constituent les « tables de matières » du nouveau livre de poésie d’Antoine Émaz : os, calme, ombre, peur, vieux. Autant dire une entrée en matière où chacun de ces mots est, par-delà son enveloppe fragile, paquets de sensations, blocs de perceptions, poids, charges rapportés du dehors vers le dedans, vers cela qui, à défaut de pouvoir se dire en une géographie précise, dessine l’arrière-fond chimique où se fabriquent et se synthétisent nos expériences. C’est-à-dire toutes nos mémoires, notre conscience de l’Histoire et des histoires et, face négative, tout ce qui tombe dans le noir, tout ce qui est non-éclairé.
La langue d’Antoine Émaz, serrée sur elle-même, à l’image du monosyllabisme de son titre, rase comme un vent sec, retenue, concise, concentrée comme une tête de Giacometti, revient de ce détour dynamique pour laisser à son interlocuteur putatif les traces de son époque, l’allure que nous avons traversant une rue, un square, un jardin, après une journée de travail où tout semble s’être, jusqu’à sa vie, essoré en pure perte. Les premiers vers de Os sont à cet égard sans ambiguïté, ils ouvrent même une poétique que le livre respectera par nécessité : « Non// poser cela au départ// comme un grain de sable/ ou un petit bloc sûr// depuis longtemps// le bulldozer enfouit les corps remblaie/ charrie cette terre d’hommes morts/ bulldozer/ comme un tracteur lent/ sur son bout de terre à faire ». Poème étant alors et simultanément un petit mot posé là résistant au désastre du monde, petit mot ayant pour charge de laisser l’étendue du monde venir à lui, l’envahir et le sidérer. Car, souvenons-nous de Rilke, là où croit le danger est aussi ce qui sauve. Réaction/action, pourrait-on dire, quand même Antoine Emaz sait bien que le poème ne rythme plus l’action, quand même il ne pourrait plus être ce qui la devance. Page 10, ce non revient alors, continue la litanie insistante du poème « plus-que-rien » : « un non net bloque/ strie raie ponce/ l’image le monde l’image poncée pas/ le monde usé quand même mais pas/ assez pour effacer// de l’autre côte de l’œil ». Et si l’on est face à ce non, si Os le confirme tout du long par un « de nouveau on est entré dans la nuit longue », c’est que paradoxalement elle permet aussi de voir, de ne pas fermer les yeux sur cette fatigue éreintante du monde tel qu’il va. « Calme, 1 (8.02.01) » peut alors risquer un « on est là dans les mots qui battent/ de plus en plus doux sans rien dire/ veillent // on est là/ on a peut-être encore/ quelque chose à fixer/ on ne sait pas ». Car là où le doute est nommé, là est enregistré tout choc venu du dehors, ce que le poème va exposer et réfléchir comme l’une de ses mémoires actives, la seule, à vrai dire, qui le fera tenir encore un peu debout et jeter sur sa page un petit « non » pour la vie.
L’apparent statisme de l’écriture d’Antoine Émaz est la conséquence directe d’un respect des choses telles qu’elles se montrent et se donnent aux sensations, alors que dans chaque livre le vers, les blocs maigres de proses tordent la syntaxe minimalement, mais suffisamment pour faire du poème un axe perceptif encore différent, encore neuf. C’est la force du poème d’Émaz que de savoir se déplacer comme ceci, en crabe, sur le côté pour, à nouveau, se confronter à un réel qui insiste et fuit. Reverdy, dont il est l’un des héritiers les plus patents aujourd’hui, l’aura dit à l’avance pour lui : « un mur en face de moi s’est mis à reculer » (La Lucarne ovale, 1916). Le mur d’Antoine Emaz, s’il recule aussi, est là pour détacher les ombres de leur leurre, pour les rendre aux corps auxquels elles appartiennent. Un métier de vivre.

Le Mot frÈre
Stéphane Bouquet
Champ Vallon
102 pages, 12

À fleur Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°62 , avril 2005.
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