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Poésie Les sucs noirs

juillet 2005 | Le Matricule des Anges n°65 | par Richard Blin

Imposant sa voix, toujours surprenante, Romain Graziani donne à entendre la mélodie du possible sur fond d’ironique dérision.

L' Homme qui voulait naître moi

Dans Mues indigènes (Fata Morgana, 2002), Romain Graziani appréhendait diverses manifestations de la vie selon des angles et des plans de perception inaccoutumés. Variant avec virtuosité les sujets d’énonciation comme les styles, il explorait une réalité allant du microscopique au sidéral. Avec L’Homme qui voulait naître moi, il va encore un peu plus loin. Abolissant toute discrimination entre le moi et le non-moi, il a fait choix de quelques moments paroxystiques comme pour mieux nous montrer comment s’y fomente l’événement poème.
Chez Graziani, l’écriture poétique relève d’une manière de se quitter corps et âme, d’oublier toutes les illusions du moi pour rejoindre la nudité des origines, le « plaisir supérieur de ne plus rien éprouver en propre ». Une façon de se déserter, de se mettre « en état de connaissance, en état de convenance », pour que résonne en nous, à travers nous, quelque chose de la pure et intense manifestation de ce qui n’appartient pas encore au domaine de la signification normée.
S’ouvrant à cette forme de dépossession qui permet de s’accorder à l’être du réel dans ce qu’il a de plus primitif, il s’agit donc d’oser avancer sur un sol miné. « Le sort te joue sur un seul pas :/ Poser talon rester uni/ Ou ne léguer que des éclats.// Clous qui se fichent entre mes liens/ Jambes qui ne trouvent plus leurs cols/ Os qui ne font plus fourreau/ La flaque que tu fais !/ Ultime intimité marmeladant le sol ». Derrière l’humour noir de cette façon de dire la nécessité de mourir à soi pour accéder au langage, c’est celle de penser l’écriture à partir de l’effacement de toutes les frontières, qui est affirmée. Pour qu’à travers ce qui disparaît, quelque chose puisse naître. Retour à l’ancestral, aux « primeurs du mythe ». Chercher le fond, se rapprocher de ce qui est encore sans expression, ou de ce qui n’a même pas commencé d’être possible. Y débusquer les puissances, les vibrations ou les spasmes de ce qui est resté inconnu. S’approcher d’une forme de consubstantialité entre l’esprit et la matière. « C’est le grouillement qui me va, qui m’assied, la salade sonore où tout s’enveloppe sous le même nom, la vibration en quoi mille choses profitent d’être mêlées pour recoudre leur nuit parcellaire ».
Entendre en nous la présence de l’origine, retrouver quelque chose du monde d’avant le moi et le savoir. « Quelque chose de pur et de sombre,/ retient là/ à trois jets de salive du secret,/ retient là, dressé comme chiens de bât fumant sur/ leur couche de lait, attendant tout de ce désir,/ qui veut briller obscur au-dedans de l’iris,/ mordre au cœur de ce crâne ». Se faire le lieu du passage et de l’accueil même si « certaines découvertes ont un tel pouvoir de délivrance, une vertu soudaine, si joyeuse, qu’elles excèdent notre force d’accueil pour les recevoir sensément. On oscille longtemps entre le bond et le repli, l’écart et le recul, avant de trouver une posture bien espacée « .
Être ouvert à cette altérité dont les mots ne sont que les relais. Le poème retient la trace de ce passage, de cette expérience intérieure où ce qui est défié, est la réalité elle-même. « Mais comment laisser les choses suivre leur obscurité, sans mettre en commerce sa part opaque ? » Voilà qui est difficile et qui implique sans doute le recours à l’ironie, la médiation d’une distance, la quête d’impossibles conditions d’adéquation. » (…) nous sommes par instinct de conservation soumis à un régime de vie soluble, restreint par toutes les lois de composition entre la matière et le mouvement. Un jour, dilatant ces lois qui ne sont que les us d’un peuple obnubilé, le monolithe fera la moue, les pyramides viendront se renifler, l’air ambiant se dévider en un soupir d’amour. Dans cet avant-goût de dissolution, on pressent la mort du Maître. Le Maître qui dit moi ».
Une écriture liée au déplacement, ne cessant de tourner autour des points d’origine qu’elle exhume. Oui, lire Graziani, c’est apprendre à se perdre pour mieux naître à l’envergure de l’initial et au chant d’aube d’une conscience en phase avec une autre façon de respirer le monde.

L’Homme qui
voulait naître moi

Romain graziani
Fata Morgana
60 pages, 11

Les sucs noirs Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°65 , juillet 2005.