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Égarés, oubliés Le sourire qui mord

septembre 2005 | Le Matricule des Anges n°66 | par Éric Dussert

Polémiste redoutable et humoriste monté sur ressort, Edmond About (1828-1885) a laissé quelques classiques souvent réédités, mais aussi vite négligés, au grand dam de ses lecteurs.

Avec ses faux airs d’Hugo, c’est un homme assis qu’About. Au sommet de sa carrière, il est arrivé et, franchement, nul ne pourra lui reprocher de n’avoir pas beaucoup donné. D’autant qu’il a bien reçu… La société, si aisément effarouchée, lui fit tôt payer son style et son effronterie. Il était, il est vrai, capable de confier à un critique en lui adressant son livre : « Parlez-en, mais ne le lisez pas ; cela vous influencerait. »
Aussi loué qu’il fut pour son style alerte, son esprit vif-argent et ses facilités de prosateur, About ne manqua pas de recueillir de féroces critiques et d’accumuler au théâtre les fours. Le 3 janvier 1862, la première de Gaëtana fut même l’occasion d’un vrai tohu-bohu. Le Quartier Latin tout entier s’était mobilisé pour conspuer un auteur auquel on reprochait sa proximité avec l’Empire. S’il dût en souffrir, About reprit sous le titre de Théâtre impossible (1862) quatre de ses tentatives dramatiques on ne saurait mieux dire…
Fils orphelin d’un épicier lorrain, Edmond About est né à Dieuze en Lorraine le 14 février 1828. Grâce à la bourse d’un bienfaiteur, il est envoyé à Paris, au Lycée Charlemagne où il se lie à Francisque Sarcey. Brillant, il est reçu troisième à l’École normale supérieure. Là, About, Sarcey et leur cothurne Taine mènent le chahut mais sont appréciés du philosophe Étienne Vacherot qui note à son propos : « Élève très distingué, remarquable par sa grande facilité de parole et de composition et par son esprit. Intelligence vive, nette, prompte, trop prompte, parce qu’elle voit, affirme, conclut, avant d’avoir réfléchi. (…) Susceptible et trop portée à l’ironie. »
Reçu premier à l’agrégation des lettres en 1851, About est nommé membre de l’École française d’Athènes mais s’ennuie ferme à l’ombre de l’Acropole. Viveur, il se sentait mieux à Paris ou à Monaco. Précédé par une réputation d’helléniste fervent, il préfère poursuivre les tortues ou se promener à cheval plutôt que d’entreprendre les fouilles qu’on attend de lui. Durant son séjour, qui dure tout de même deux ans et demi, About n’adresse à l’Académie qu’un mémoire sur L’Île d’Égine, réalisé avec l’architecte Charles Garnier. Il s’échappe en dansant polka, mazurka et valse au point que son compatriote le qualifie de « toupie hollandaise ». Il n’a qu’une envie : fuir la Grèce et, pourquoi pas, rejoindre la Russie, se faire cosaque ou journaliste du Tsar. Pourtant, c’est à Athènes qu’il reçoit en 1852 Théophile Gautier, Madame Grisi et leur fille, qu’il nomme « Monstre vert » dans sa correspondance « parce qu’elle est verte, et que c’est un monstre », et c’est de Grèce qu’il ramènera Le Roi des montagnes.
De retour à Paris, Edmond About revit. Il court les bals. « Quel papillon ! » s’écrie Taine et Vapereau corrobore : « Ce qui fait l’originalité de M. About, c’est ce mélange d’extrême raison et de légèreté excessive ; il vous impose par des idées justes et presque profondes, il vous échappe par des gamineries inattendues. » Cependant, c’est sous les traits sérieux de l’ancien normalien Louis Hachette que se noue son destin. Hachette lui commande un livre sur la Grèce. About compose en quelques mois l’opus qui va le sortir d’affaire : La Grèce contemporaine (1854) connaît un succès considérable. Depuis Chateaubriand, le public a pourtant les oreilles rebattues de ce pays ruiné et épuisé ses capacités d’empathie pour les Hellènes. Mais, About se dégage de la rhétorique romantique héritée de Byron et fait des étincelles en qualifiant les Atrides d’ « abominables sacripants » ou de « gibier de cour d’Assises », les Grecs modernes de canailles et le gouvernement de « complice pourri d’une cour ridicule, d’un roi avare et d’une reine méchante ». Sa bonne humeur emporte l’adhésion, excepté celle du rude Barbey d’Aurevilly, qui condamne : « On dirait que le livre a été écrit par le portier du Parthénon. »
Peu importe, le jeune auteur, qui est surnommé « le petit-fils de Voltaire » et même « le sourire qui mord », est au pinacle. Accueilli par François Buloz, il publie en feuilleton dans La Revue des Deux Mondes un roman dont l’action se déroule en Italie : Tolla (1855) et entame l’une des plus brillante carrière journalistique du XIXe siècle.
Malgré la critique acerbe, il multiplie les triomphes de librairie : Les Mariages de Paris en 1856, puis, l’année suivante, Le Roi des montagnes scellent un succès public qui a tout du phénomène. Plus tard encore, L’Homme à l’oreille cassée (1862) et Les Mariages de province (1868) connaîtront le même sort enviable. Pourtant dans l’Annuaire encyclopédique (1863), on relève à l’article « France (littérature) » ces phrases éloquentes : « Que dire du Nez d’un notaire ? Que penser du Cas de M. Guérin ? À quelle catégorie de romans appartient l’Homme à l’oreille cassée ? Je suis tenté de croire que l’auteur (…) est en voyage, et que quelqu’un, pendant son absence, abuse de son nom. » Peu visionnaire sans doute, ce rédacteur subissait la mauvaise influence d’idées préconçues car ces romans toujours délectables constituent les hauts faits d’Edmond About, lequel ne connaîtra pas la consécration attendue puisqu’il meurt le 16 janvier 1885 à Paris sans avoir pu prononcer son discours de réception à l’Académie, celui qui l’aurait transformé en Immortel, enfin.

Le sourire qui mord Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°66 , septembre 2005.