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Poésie Gouttes de clarté

septembre 2005 | Le Matricule des Anges n°66 | par Richard Blin

A la dérobée : poèmes

La chair du temps, les vérités d’un jour, l’état du ciel, la couleur d’un instant, tout ce qui est là sous nos yeux « étonnamment là » et que nous ne voyons pas, Paul de Roux le saisit, souvent à la dérobée, le métamorphose en poème ou le note dans ses Carnets. Des Carnets (couvrant, pour cette quatrième livraison, les années 1989-2000) qui n’obéissent à aucune contrainte et n’ont pas pour objet de recueillir, comme le Journal, les événements marquants d’une journée. Il s’agit, ici, de garder trace (d’où l’intérêt de la date) du mouvement de la vie, de ses joies et de ses défaites, des variations saisonnières, des réactions suscitées par une lecture ou la visite d’un musée ou d’une exposition. « Les tableaux de la fin de la vie de Van Gogh m’évoquent les fruits mûris trop vite, artificiellement. (…) Ce sont des tableaux fermés. Le monde y est à une seule dimension, plat. On peut s’égarer dans une peinture chinoise : le paysage s’y ouvre devant vous. Cela ne peut arriver devant un Van Gogh : le paysage est clos, vous ne vous y promènerez jamais ». Le Carnet recueille des choses vues, entendues ou plus personnelles. « Toute l’éducation, tout l’enseignement, toute l’idéologie de l’époque veulent que l’on apprenne à vivre avec les autres, quand c’est avec soi que l’on doit d’abord apprendre à vivre ». Des ténuités essentielles comme le moment du merle, la souveraine beauté d’une journée « Que dire d’autre quant à la lumière de ce 3 octobre ? », un quart d’heure de bain de soleil sur un rocher, la grâce d’une jeune fille, des pauses contemplatives, les vibrations de l’émotion, des souvenirs, les cadeaux du hasard. « Oui, je me serai toujours réfugié dans la vue de ce qui m’entoure, dans la vue de ce qui est derrière la vitre, qu’il suffit de lever la tête pour découvrir. Mais non, ce n’est pas un refuge, c’est un recours ». C’est tout cela, les Carnets. Du temps nu, des éclats de cette beauté toujours fuyante qui ne cesse de nous renvoyer à notre vulnérabilité (" Jour où il semble que nos bras / sont trop courts po
Souvent une seule phrase suffit à éclairer le jour. C’est cette singulière perméabilité à l’invisible aura de ce qui donne un peu d’âme à un moment ou à un lieu, qui fait de Paul de Roux (né à Nîmes, en 1937, et co-fondateur de la revue La Traverse, avec Henri Thomas, Georges Perros et Bernard Noël) le poète des harmonies fragiles, de ces petits riens qui trament notre relation au monde et aux autres. Avec À la dérobée un titre qui fait écho à celui de son tout premier recueil, Entrevoir (1980) Paul de Roux poursuit l’échange, le dialogue qu’il n’a cessé d’avoir avec le dehors et la façon dont celui-ci retentit en lui.
Le poète de Roux est un homme qui lève les yeux sur ce qui l’entoure, qui regarde le ciel, dit sa rencontre avec l’air, l’eau, la lumière et tout ce qu’elle donne à voir « la tuile fêlée,/ la mouche, ce visage émacié,/ la pariétaire des vieux murs,/ les pigeons en quête de miettes, et nous/ cherchant le regard des dieux/ dans tout cela qu’effleure le soleil ». Des poèmes qui sont autant de rencontres avec soi-même, qu’une manière de donner un visage à ce qui fait la réalité du monde autour de nous. « Figures, oh ! figures !/ Et jusqu’aux aériennes faces de nuages,/ figures de pierre, de chair,/ tracées au crayon, au pinceau/ jaillies de la sève, branches, feuilles, figure/ que trace le vol de l’hirondelle,/ figure cassée d’un clochard/ vous êtes toujours signes, phrases/ tombées du grand écritoire invisible/ analphabète, comment ne pas s’échiner à vous lire,/ ne pas en être exalté ? »

Paul de Roux
Au jour le jour (4)
Carnets 1989-2000
Le Temps qu’il fait
215 pages, 19
À la dérobée
Gallimard
108 pages, 13,90

Gouttes de clarté Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°66 , septembre 2005.