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Domaine français Contes de portefaix

janvier 2006 | Le Matricule des Anges n°69 | par Thierry Guichard

Pascal Commère revisite l’enfance au voisinage des bêtes, des maquignons et des commis. Ses proses dressent une langue fertile pour dire la matérialité rurale.

Il arrive parfois que des textes courts ne soient ni des nouvelles, ni des récits. Et qu’écrits par un poète, on ne puisse non plus leur donner le titre de poésie. Huit textes de la sorte composent Le Vélo de saint Paul dont chaque phrase semble le fruit d’un apprentissage du dire. Pris un à un, on leur collera l’étiquette de « nouvelle », mais ensemble, il faut le reconnaître, ils forment un véritable roman. Nous sommes en Bourgogne, un pays de terre lourde et de chevaux, de vaches et de commis, vu à travers le regard d’un narrateur qui ressuscite dans l’écriture ses yeux d’enfants. D’un récit l’autre, c’est toujours le même narrateur et bien souvent les mêmes personnages qu’on retrouve. Dans « l’acidité des campagnes », ces êtres-là ne possèdent parfois qu’un nom, et souvent même qu’un surnom. Ce sont gens de peu, liés aux bêtes et à la terre, ou fils « qu’il convenait de persuader qu’un métier s’apprend par l’école » auxquels « on tenterait de donner langue, vague semblant de vernis. » L’écriture de Pascal Commère, travaillée au corps des mots autant qu’à celui des hommes, nous permet de décaper ce vernis-là. On touche ici une humanité non dégrossie, bestiale presque puisque : « nous vivons parmi les bêtes, quand ce n’est pas en dessous. »
Le premier récit raconte une « approche » de chevaux. Il s’agit de permettre au maquignon d’emmener tout un bétail « vers une destinée de sang et de caillots », autant dire à l’abattoir. Et pour ce faire, il faut réussir à attraper les bêtes, les conduire au camion. Pour lire la suite, les autres textes, peut-être faut-il d’abord apprivoiser la prose de Pascal Commère. Et lire cette nouvelle comme si les gamins qui écartent les bras pour paraître plus grands devant les bêtes apeurées c’était nous et les chevaux ces mots qui galopent, furieux et serrés, sur la page : « Ils passent, écriture noire. (…) Chevaux comme une phrase noire qui s’efface et renaît, avec cette ponctuation imprévue, pleins et déliés, ruades hop ! et déjà repartis… » Il y aurait alors une jouissance préhistorique à dompter la phrase et nous serions comme l’enfant qui rêve un jour d’apprivoiser le plus blanc de ces chevaux-là. Le monter et se croire « le premier de (s)a race à fouler le sol sans le toucher des pieds. »
Plus loin, c’est un vélo que les gamins chevauchent. Un vélo à la mesure de ce qu’ils sont : sans chaîne et sans frein, quelque chose de rouillé et d’abandonné.
Ces histoires-là n’entreront jamais dans les manuels scolaires : un commis qui au moment de la récolte ne veut pas passer pour tire-au-flanc en allant aux toilettes, défèque sur les grains de blé et de seigle qu’il est censé engranger ; Moïse conduisant depuis toujours l’autobus qui mène un « petit peuple » à l’école en passant par « des bleds les plus reculés du canton, au-dessus desquels, l’entendrait-on assez, les corbeaux volaient sur le dos pour ne rien voir de la misère. » Et ce sont de pauvres types qu’on croise, à la parole ralentie, empêchée, aux mots « qu’une langue parlée expulse, jetant loin devant elle les pierres d’une cause qui n’appelle pas l’écrit. »
Pour dire ça, Commère s’est mitonné une prose riche, comme on le dirait d’un plat de pauvres : qui tient au corps, et pour longtemps. La langue ici lie les subjonctifs à des expressions circonscrites dans la géographie de quelques cantons. Il faut s’accrocher parfois tant la descente dans l’argile de la terre est vertigineuse, tant chaque phrase plonge dans la matérialité d’un monde lourd que l’empathie éclaire. Et il arrive alors que la lumière soit celle de la grâce et d’une gloire délivrée a posteriori. Il suffit de lire « Dernier conte de Perrault » pour en être frappé. Et ému, prodigieusement.

Le Vélo
de saint Paul

Pascal Commère
Le Temps qu’il fait
141 pages, 16

Contes de portefaix Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°69 , janvier 2006.
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