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Jeunesse Le point d’équilibre

janvier 2006 | Le Matricule des Anges n°69 | par Malika Person

Dans ce roman qui aborde les questions existentielles d’une adolescente, l’écriture joue un rôle fondamental. Elle est la voix de Lise, voix qui est la matière du récit.

Lise. n’admet pour toute ponctuation que le point. Les pavés qui composent les onze chapitres de ce roman oscillant entre le récit et le monologue intérieur sont de longues phrases serpentines qui révèlent un travail mental incessant. Lise, 16 ans, laisse affluer les mots comme ils viennent.
Sa mobilisation forcée à l’hôpital à la suite d’un accident l’incite à une introspection longtemps refoulée, précisément depuis la mort de sa mère, cinq ans plus tôt.
D’un côté, l’immobilité du corps de la jeune fille, de l’autre, une avalanche de mots, un débordement verbal que rien ne peut arrêter. Ses résistances cèdent enfin. « Les mots ne me font pas peur ils me rassurent ils sont groupés dans ma tête comme des insectes et lorsque je les libère ils s’envolent et un espace de ma tête profite de les sentir voler à mon secours ». Lise se confronte à elle-même, analyse les silences de son père, l’idiotie de son frère, la bonté de sa belle-mère Rose, les mystères de son amitié avec Katia, les souvenirs avec sa mère Thérèse…
Le corps est immobile et la tête bouillonne. Les mises au point remuent. Lise est telle un animal aux abois qu’elle pense incarner parfois. Mais elle refuse « la pente » descendante. Elle veut à tout prix chasser cette « peur » qui lui colle à la peau. Elle souhaite désormais une vie possible sans sa mère.
Elle fouille partout : dans son cerveau, dans la mémoire virtuelle de l’ordinateur portable de sa mère. « Je chasse le sous-vide », dit-elle, pour parvenir à se construire elle-même. Elle traque les mots, cherche dans tous les sens un chemin possible. Les phrases sont retournées sur leur envers, se heurtent, commencent par la fin, commutent : « je ne raisonne ni à l’endroit ni à l’envers j’aimerais être capable juste de raisonner ». Lise est « en observation (…). J’ai peur que tout ce qui existe n’existe que parce que rien d’autre n’existe (…) et ça me remplit d’une sensation qui ressemble à celle que j’ai eue en même temps que j’ai eu l’idée du néant. » Un néant qu’elle rapproche des silences de son père. « Si mon père préfère ne rien dire c’est qu’il sait que le silence parle à sa place ».
Pour Lise, le silence de son père est égal à la mort ou du moins y tend. Il est le représentant d’une faillite de la parole. « Il semble que les pensées que mon père fabrique le ramènent un peu plus dans l’obscurité. / Les pensées que mon père fabrique voudraient nous éclairer un moment comme des bateaux-phares courageux mais elles sont elles-mêmes en détresse ».
Pour Lise, les mots ont un sens et sauvent sa vie. « (…) et maintenant je parle je parle quoi qu’il arrive surtout quand je comprends rien je parle. » Parfois, des phrases en boucle viennent exprimer les ressassements et l’extrême tension qu’éprouve la jeune adolescente. Lise compare sa souffrance à celle du personnage du roman qu’elle est en train de lire, « Bone », un adolescent qui plonge dans le monde de la drogue (Sous le règne de Bone, Actes Sud/Babel). Les phrases tournent sur elles-mêmes, partent en vrille.
Dans ce monde sens dessus dessous, rien n’est tout à fait blanc ou noir. Laquelle est la part de réel et laquelle est celle de la fiction ? « On n’est pas dans une conversation dans notre vraie vie on est des personnages ce qu’on dit c’est des répliques elles sont déjà prêtes on n’est pas les vraies nous ». Pour Lise, il s’agit de pouvoir faire la part des choses pour « accepter (son) cerveau, (ses) cheveux (sa) peau et le reste ». Être Lise, un point c’est tout.
Avec Lise., on entre certes de plain-pied dans les contradictions de l’adolescence mais le lecteur se laisse surtout transporter par la puissance d’écriture de Corinne Lovera Vitali.

Lise.
Corinne Lovera Vitali
Thierry Magnier, 85 pages, 7

Le point d’équilibre Par Malika Person
Le Matricule des Anges n°69 , janvier 2006.
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