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Poches Leçon suisse

janvier 2006 | Le Matricule des Anges n°69 | par Françoise Monfort

À travers l’autobiographie d’un petit bleu de la campagne vaudoise, C.-F. Ramuz (1878-1947) illumine de simplicité une vie de passions et de tourments.

Je me fais envie, tel que j’étais en ce temps-là, à cause que j’étais simple de cœur ». C’est pour faire le deuil de ce cœur simple que Samuel Belet (1840-1904) décide un jour de coucher sa vie sur quinze cahiers. Orphelin d’une mère qui le voyait « aller loin », le jeune garçon fut contraint d’ « aller en place » comme on disait en ce temps-là au bord du Léman à propos des domestiques de ferme. L’apprentissage de la solitude et du labeur ne parvient cependant pas à entamer son enthousiasme face à la vie, à l’instruction il lit le soir après la soupe et aux jolies filles. Rose, la cadette de son patron, lui inspire des sentiments qui font « frais dans le cœur » tandis que les yeux noirs et la bouche de Mélanie parviennent à lui faire oublier pour un temps la douceur maternelle. Afin d’avoir l’honneur de demander sa main, entre deux traites à l’étable, il étudie, persuadé d’échapper un jour à sa condition paysanne.
Mais, « le malheur, c’est comme les fumées d’automne. Subtilement, à travers l’air, une odeur de loin les annonce ; on ne les a pas vues venir qu’on en est déjà entouré ». Samuel Belet en subit deux coup sur coup. La noyade de Rose et de son amant dont il découvre les corps enlacés sous une barque, d’abord. Puis, aussitôt après, la trahison de sa fiancée lasse de cet amoureux trop tiède dont le seul baiser n’aura duré que l’espace de deux vagues. Deux vagues s’écrasant sur les galets polis du lac… une paille pour Mélanie que l’on suppute davantage attirée par les tempêtes des sens. Samuel en tirera la leçon que les filles « sont eau, fumée, nuage »… Pour se défaire de celle-là, spécimen « pratique », une « maligne » dotée d’une « ambition pour deux », il lui faudra néanmoins pas moins d’une vie. Une vie de vagabondage à exercer cent métiers entre la Suisse, la Savoie et Paris où la déclaration de guerre avec la Prusse le renvoie trentenaire au pays. Viennent ensuite dix années d’un mariage consciencieux dont il ressort veuf et imprégné du regret ne pas avoir su aimer à temps.
Paradoxal pour un natif de la Confédération helvétique censé personnifier l’exactitude ? Dans ce cas, chez Ramuz, tout est paradoxal. D’un terroir il fait un univers. D’un lac un océan. D’un rural vaudois un genre de philosophe dont le vœu de sincérité autobiographique n’est pas sans rappeler celui d’un compatriote né au siècle précédent dans le canton voisin de Genève. Rousseau donc, mais parfois, aussi, Céline. L’horreur de la guerre, la description des souffrances inutiles endurées par les vaincus de Sedan qu’on expédie en territoire neutre pour se retaper.
Le style joue sa part dans ce brio à concéder une dimension métaphysique à l’infiniment petit, au local. Pour décrire les états d’âme de son personnage, l’auteur procède par analogie avec le paysage et la nature : les sentiments évoquent des racines que l’on doit parfois s’arracher du cœur, le chagrin y germe et forme un humus sur lequel l’Homme s’appuie pour grandir. Omniprésence du lac-miroir à la fois funeste et chargé de promesses. Importance de la montagne à laquelle les regards trouvent « à quoi s’appuyer » contrairement à la ville où l’on est forcé de garder les yeux baissés. Jean-Jacques ? Certes ; le ton geignard en moins, l’humilité en plus. Devenu pêcheur à l’âge mûr, tout en ramant dans son bateau, Belet contemple son passé et le visage de Dieu qui s’élève devant lui. Les dernières pages frôlent la parabole. « Car l’essentiel est qu’il faut vivre quand même et il faut mourir encore vivant. Il y en a tant qui sont déjà morts quand la mort de la chair vient les prendre. Ils sont morts dans leur cœur depuis longtemps déjà, quand arrive la mort du corps ; et c’est sur ce cœur que je veille, afin qu’il dure jusqu’au bout ». Pour Charles-Ferdinand Ramuz, simple de cœur n’a jamais voulu dire simple d’esprit.

Vie de Samuel
Belet

Charles-Ferdinand
Ramuz
Gallimard, « L’Imaginaire »
375 pages, 9

Leçon suisse Par Françoise Monfort
Le Matricule des Anges n°69 , janvier 2006.
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