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Domaine français Proust en Adidas

janvier 2006 | Le Matricule des Anges n°69 | par Richard Blin

En 36 variations, aussi burlesques que complices, autour d’un Proust réincarné en lycéen d’aujourd’hui, Jacques Géraud donne corps aux fantasmes de Marcel.

Petits proustillants

Dans la littérature comme dans la peinture, la chair ne meurt jamais avec la mort. Elle perdure, plus ou moins joyeuse et ludique. Jacques Géraud, qui ne le sait que trop, a ainsi imaginé de transposer Marcel Proust, de sa Belle Époque chérie, à la nôtre. Un néo-Marcel donc, âgé de 18 ans et vivant de nos jours sa dernière année au lycée Condorcet (que le vrai fréquenta entre 1882 et 1889). Travaillé par le sexe et par des idées de grandeur, il nous livre en 36 récits relevant d’une fantaisie loufoque et délirante, les fantasmes qui l’habitent. Des récits parfaitement proustillants, se détachant sur fond de grand incendie des valeurs bourgeoises et de nihilisme gai. C’est ostentatoire et farfelu, cynique et scabreux, tout en imagination farcesque. On y voit Marcel rêvant d’arborer un piercing, de faire son entrée dans le Loft, rencontrant Brigitte Bardot ou s’entraînant à devenir star de rock and roll à défaut de pouvoir être « un autre Rambo ». Ailleurs, il est tenté par le nudisme, l’échangisme ou le rôle de grand Inseminator. Ou alors il finit par se faire disséquer en direct sous l’œil plus qu’intéressé de l’animateur-amuseur national d’ « Aproustrophe ». Car sous la veine parodique, ces Petits proustillants sont aussi un document sociologique, un échantillon de la sottise humaine, une satire de notre époque et de la culture de l’esbrouffe et du tape-à-l’œil, d’Adidas au Viagra en passant par la webcam, le lifting et la DHEA, « la fameuse molécule enchantée de ce savant ou de ce charlatan, le docteur Beausite, Beaulieu, Beaumont, Beaucon ».
S’emparant des codes et des mœurs de notre époque, Jacques Géraud y met du jeu et du Je. Celui d’un Marcel qui a gardé tous les traits qu’on lui connaît, mais qui s’ingénie à prendre systématiquement le contre-pied des discours vertueux comme il prend plaisir à transgresser toutes les lignes entre culture et inculture, noble et familier, ignorance et connaissance. Un Marcel qui s’encanaille, joue avec le sacrilège et le scandale comme avec le tournoiement centripète de sa phrase. Mais sa grande affaire reste celle des relations avec sa mère et sa grand-mère, du combat contre leur tutelle. Ici le fils se venge, les ridiculisant, les profanant, s’en débarrassant même parfois au terme d’infernales sarabandes dont le complexe d’Œdipe est la cible ou le cœur obsessionnel. S’affranchissant de l’ordre du temps, Marcel cherche à percer le secret maternel jusque « dans la grande marmite ovulaire de maman ». Quête qui l’entraîne, ailleurs, jusque dans « l’intérieur de la Mère Denis » (l’icône d’une marque de lave-linge) ou nous le montre « soudain ombilicalement aspiré » par l’embout de sa poupée gonflable avant de se retrouver « non plus entre les quatre murs de (sa) rassurante chambrette de petit jeune homme propret, mais dans le sein de cette géante anthropomorphe (…) flottant entre ses flancs, montant et descendant comme un ludion… »
Inapprochable secret des mères sans doute parce qu’il relève plus de l’avoir que d’un savoir qu’un Marcel priapique cherche à oublier du côté des jeunes filles, d’une bande de « beurettes » aux « mirobolants appas » et aux « censurations idéales pour goncourir, pour être élues graines de beauté », selon le directeur du Grand Hôtel, qui joue du calembour et de l’à-peu-près comme Jacques Géraud joue du décalage, de la théâtralité hystérique consécutive à l’aimantation érotique et à l’attrait saturé d’attirance du sexe, qu’il transforme en prouesses verbales.
Reste à savoir si « les proustiens par addiction ou par raccroc » pour reprendre les termes de la quatrième de couverture, y trouveront leur compte. Pas sûr, tant cette manière de donner forme à l’expérience interne du temps, à ce rapport toujours raté au sexe ou à ce désastre désopilant que devient ici l’Œdipe, tient autant du bel assassinat que du morceau de bravoure. Peut-être trop paroxystique aussi, trop complaisant, trop systématiquement grand-guignolesque pour être totalement convaincant. À notre goût en tout cas, ce qui n’ôte rien à cette gerbe de textes manifestement nés du plaisir pris à ce vice solitaire qu’est l’écriture.

Petits
proustillants

Jacques Géraud
PUF
250 pages, 19

Proust en Adidas Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°69 , janvier 2006.
LMDA papier n°69
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