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Essais La littérature en péril ?

avril 2007 | Le Matricule des Anges n°82 | par Anthony Dufraisse

Revenant sur les dégâts du structuralisme, Tzvetan Todorov bouscule les lettres françaises à la mode. Parfois convaincant, souvent confus.

La Littérature en péril

Le papier a jauni et la couverture a quelque peu pris la poussière. Ouvrons, juste pour voir, une livraison de Poétique, nous sommes en 1975 : « Les littéraires, dans la mesure même où ils s’intéressent à leur objet, ne peuvent s’en tenir à la seule littérature ; la connaissance de la littérature s’enracine nécessairement dans celle du discours de tous les discours. Il n’est plus nécessaire de justifier dans l’abstrait la possibilité, ou l’utilité, d’une théorie du discours ; il est temps de la faire ». La cause est entendue, et Tzvetan Todorov, l’auteur de ces lignes convaincues, dirige avec Gérard Genette la désormais célèbre revue de théorie et d’analyses littéraires. La théorie du discours, voilà une sucette dont les rhétoriciens et praticiens patentés du structuralisme, Todorov compris, se sont régalés durant les années 70, avant que les pédagogues, élevés à ce petit lait, ne prennent à leur tour le relais. Trente ans plus tard, où en sommes-nous ? Disons qu’on y est jusqu’au cou. D’après Todorov, « l’école n’apprend pas de quoi parlent les œuvres mais de quoi parlent les critiques. » On papote outillage, on visite les arrière-cuisines, comme déplorait déjà Gracq en une formule fameuse, savourant à peine les petits plats mijotés par nos Grands chefs étoilés, les Céline, Flaubert, Baudelaire et compagnie. De fait, l’enseignement littéraire crève de cette approche techniciste héritée des seventies et qu’agrémente, histoire d’en remettre une couche, les instructions fumeuses dispensées à l’IUFM et autres consignes éducatives dictées en jargon ubuesque. Todorov le précise, l’erreur n’est pas d’étudier les moyens de comprendre l’œuvre, mais de poser ces moyens comme finalité, la littérature se révélant alors sans attache avec le monde, pur formalisme. Et les professeurs, à leur insu, d’entériner dans leur classe cette désincarnation. La faute à qui ? Vite dit, au structuralisme. « J’ai participé à ce mouvement ; devrais-je me sentir responsable de l’état de la discipline aujourd’hui ? » Dans la posture du repenti, Todorov rappelle les louables intentions qui présidèrent au mouvement. Il est vrai que l’enseignement scolaire et universitaire d’antan n’en pouvait plus du biographisme et de l’historicisme qui régnaient sans partage. Contestant cette mainmise, le structuralisme et sa clique, linguistique, sémiotique, poétique, mirent comme il faut leur claque aux discours dominants d’alors, non sans excès hélas. D’une exclusive on est tombé dans une autre. Sans renier du tout son apport et son importance, Todorov prend acte du désaveu littéraire dont le structuralisme est en partie le vecteur. C’est qu’en chemin, tout occupé à manier force scalpels et stéthoscopes pour disséquer et ausculter les œuvres, on a égaré leur sens. Disons, pour faire vite, que de l’existentiel « chercher dans les œuvres de quoi donner sens à son existence » on a viré vers le conceptuel, pire, vers « une conception étriquée de la littérature ». Comment ne pas approuver ?
Plus discutable en revanche est la transition par laquelle Todorov épingle les tendances d’une certaine littérature contemporaine, en voie de former selon lui un nouvel académisme. Qu’un sévère technicisme sévisse dans les études littéraires et qu’il faille les recadrer vers davantage de sensibilité humaniste, cent fois d’accord. Mais jeter pêle-mêle dans un même sac, et dans une continuité douteuse, à peu près tout ce qui se fait aujourd’hui en littérature s’imposait-il ? Une charge du nihilisme, du nombrilisme, du courant solipsiste, égocentrique et autocentré ? Ce n’est pas neuf. Un procès de l’écriture du désastre, du désarroi, du houellebecquisme, de la noirceur, de la littérature de désolation ? D’autres l’ont déjà fait. Alors ? Défendre la littérature comme chemin d’accès à la condition humaine, soit ; faire de ses préférences personnelles un étalon de mesure, c’est autrement plus contestable. Si l’auteur met toute sa verve érudite à soutenir quelques bonnes causes, on regrette franchement ses troublantes confusions.

La Littérature
en péril

Tzvetan
Todorov
Flammarion
95 pages, 12

La littérature en péril ? Par Anthony Dufraisse
Le Matricule des Anges n°82 , avril 2007.
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