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Poésie Errante et désarmée

avril 2007 | Le Matricule des Anges n°82 | par Richard Blin

C’est la beauté tremblante et terrible de toute existence, qu’en une encre teintée du sang invisible des larmes, modulent les poèmes de Guy Goffette.

L' Adieu aux lisières

En vers boiteux ou mal polis, en chantant ou en déchantant, c’est ce dont une existence est faite que met en musique Guy Goffette. L’en allé, la façon dont l’invisible peuple le visible, à l’image des étincelles dans le silex. Le présent toujours plus gros de présences à mesure que le temps passe, et dont les Psaumes pour le temps qui me dure d’être sans toi disent toute la prégnance. Tout ce qui nous dépossède, donc, mais aussi tout ce qui nous tient encore en vie.
Cette dissonance, cette expérience à corps perdu, il les rend belles grâce à une façon très personnelle d’apprivoiser ce qui toujours échappe, de prendre le pouls de ce qui palpite encore dans l’ombre des promesses non tenues, dans la lumière restée intacte de certains étonnements primordiaux, ou dans le sillage de ses lectures (Rimbaud, Droguet, Follain, Leopardi), ce que Goffette appelle des Dilectures, quelque chose comme une forme de création à partir d’un univers de prédilection. C’est fait sans naïveté, comme en témoigne l’ensemble qui ouvre de recueil, et qui dit combien Le seul jardin est désormais celui de l’irréversible. « Quand il est trop tard, que la fête/ est finie (…), les mots/ bonheur, éden, azur, azur// ne sont plus que cailloux,/ ronces où la langue se blesse// et chardons dans le jardin/ du cœur (quand ce n’est pas déjà// la poutre et la corde pour celui/ qui a baissé les bras trop vite// devant l’inaccessible, cet amour/ sans cesse trahi, la beauté// promise à tous, et qui recule/ jour après jour comme l’horizon,// et le corps à mesure se délite/ qui connaît l’insupportable// final du morceau : cadavre/ et pourriture parmi les roses)… »
C’est ce rien qu’il rend beau, ce caractère dérisoire et transitoire de la destinée humaine qu’il habille d’émotions vraies. C’est le silence bleu blessé qui reste au ciel de nos amours mortes qu’il accompagne de sa voix enneigée de mélancolie. Une voix qui rend éclat et son à ce mélange de musique et d’oubli qui méandre entre souvenirs, échos et présences perdues, toutes ces choses éminemment périssables qui, justement parce qu’elles sont périssables, nous invitent à ne pas mourir. « L’âme : plus déboutonnée qu’un champ livré aux corbeaux », il rôde dans les marges de ce qui fut, hante les lieux où le désir de partir n’est toujours qu’une manière de vouloir se rejoindre en se perdant un peu plus… « Laisse dans ton dos le jour qui s’enfonce / avec les chemins dans l’automne, les arbres,/ les toits des maisons, pars, précède le vent// comme un incendie de collines et/ ne te retourne pas sur ton ombre close : / vivre est là, devant… » Il n’en faut pas plus pour ne pas mourir, pour rendre grâce malgré tout au présent, retrouver le goût amoureux du monde, s’emplir à nouveau de la respiration du désir, du rythme de la vie qui est mouvement, marée, amour et mue. « Si/ l’amour est encore et toujours comme/ une ville ouverte, une terre franche, un air/ de chanson dans la nuit, qui court après// ses mots, une mer qui attend son tour (…), bref, si/ l’amour est la seule aventure à vivre ;// si, comme disait le galopin d’azur/ entre Aden et le paradis, l’amour// est à réinventer, n’attendons plus :/ croquons la pomme jusqu’au trognon. »
Il en est du désir et de l’amour comme de tout ce qui sépare et relie, borde et délimite mais peut aussi s’ouvrir sur l’illimité. Ne cessant de balancer entre vœu d’envol et vertige de précipice, la poésie de Guy Goffette se développe dans cet entre-deux, se nourrit de ces marges et de ces seuils à frôler, à forcer ou à oublier. Un monde où le temps joue avec son ombre, où les souvenirs s’en vont en pluie mais où l’averse d’avril est aussi chaude que le sang. Vif, alenti ou désirant, tissé d’assonances ou d’allitérations, son vers a l’humilité souple de l’eau et le tremblement amoureux d’une lente mise à nu. Ça brûle, ça pleure, ça coule comme une complainte, mais c’est écrit avec des tendresses de main qui caresse et recueillerait, dans un même geste, écume d’âme et remous de mémoire, part d’ombre et travail d’amour.

L’Adieu aux lisiÈres de Guy Goffette, Gallimard, 128 pages, 11,90

Errante et désarmée Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°82 , avril 2007.
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