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Zoom Jeux de lumière

mars 2009 | Le Matricule des Anges n°101 | par Lucie Clair

Le prisme roubaldien trouve un écho cristallin dans la chambre noire d’un opus à quatre mains avec l’oulipienne Anne F. Garréta.

La Dissolution

Eros mélancolique

Feuilletoniste » revendiqué, Roubaud aborde cette première partie de sa sixième branche intitulée La Dissolution, sept ans après la fin de la cinquième, La Bibliothèque de Warburg. Récapitulons pour ceux qui n’ont pas tout suivi, ou dont la mémoire flanche, les étapes du Traité de ladite en process : la branche 1 était Le Grand Incendie de Londres (1989), devenu le titre général de la Prose roubaldienne, sous-titrée La destruction. La branche 2 explorait l’enfance dans La Boucle, la 3, Mathématique : fut complétée l’année dernière par Impératif Catégorique, la 4 était Poésie :, ce qui nous conduit à la branche 5, susnommée, qui se terminait par le chapitre « Tout : rien », écrit le 29 juillet 2001, et retraçant cette journée du 24 octobre 1978 où le plan du Projet terminait en confettis dans la poubelle de son auteur. Pouvait-il se passer encore quelque chose ? Depuis vingt ans que les branches croissent, et quand bien même « il aura fallu remuer ciel et terre » selon ses dires, Roubaud poursuit.
La Dissolution - évidemment en hommage à La Disparition de Perec - débute, comme il est d’usage, légèrement en amont de la fin de la branche 5, le 3 août 2000 par une « séquence de bavardages » ouvrant de nombreuses autres, dispensées lors du séminaire « Question d’une poétique formelle » donné à l’EHESS - le livre que l’on a entre les mains aura été entièrement lu aux étudiants par l’auteur au cours de ce séminaire. Tour de force déjà de donner voix vive à ces incises et bifurcations-là, voulues par l’axiome « A mémoire discontinue, prose discontinue./ A mémoire bifurquante, prose bifurquante », et ici mises en exergue - pour le première fois depuis la branche 1 - en couleurs par un remarquable travail des éditions Nous.
La retraite approche, la question de la poétique s’aiguise, la tentation d’en inventer encore une nouvelle pointe son nez - l’annonce de la fin d’une « activité bavardante » se conjugue avec le « sentiment naissant de la contemplation ». Passage, « no man’s land ». Contemplation et activités se partagent dans ce volume où « les morceaux de texte sont découpés en tranches très fines […] véritables feuilles de papier à cigarettes de prosciutto de prose », et tissent le motif de cette Dissolution où les douleurs de l’âge, les conditions contre lesquelles lutte l’écrivain, insomnie, trous de mémoire, incitent à « simplifier », travailler l’improvisation, sans pour autant aller « jusqu’à l’extrémité du renoncement ». Car face à ces dissolutions en cascade, le « rakki tai, le style pour dompter les démons » reste vivace, convoquant Duchamp, Giordano Bruno, et tant d’autres…
Heure noire et blanc du passé pressé

Tout autant une lutte est celle entreprise en ce printemps des années 1960 par le jeune Goodman - Eros mélancolique du roman à quatre mains fomenté avec Anne F. Garréta, complice en OuLiPo depuis 2000 - pour l’écriture de son mémoire sur la photographie à Paris. Sur le thème d’un manuscrit trouvé par Roubaud au hasard de ses pérégrinations sur Internet, se déploie un opus en gigogne, truffé de références, citations, clins d’œil et autres appels à les traquer à l’infini - obéissant à l’injonction ironique finale « Google them, Yahoo them, interrogez l’ogre décharné lying at the heart of the web, et qui dévore les traces pour en bâtir son labyrinthe de terabits ». Qui est l’auteur de ce texte numérisé nommé Clifford ? Les pistes s’embrouillent malicieusement, entrebescar (entrelacement) de voix d’une maîtrise parfaite, nous recentrant sur le racontar cher aux deux écrivains poètes.
En neuf mois, Goodman traverse un rite de passage, du « noir et (…) jaune » de sa glauque chambrette à la « blondeur douce et chaude, humide » du corps désiré. Épreuve initiatique, recomposition de lumière, au cours de laquelle une concierge amène, une « ’vieille bique’ » de voisine hystérique et antisémite, écriture et action se disputent sa concentration : en parallèle de la prose sur « la chimie de la lumière », l’étudiant écossais installe un projet photographique où chaque cliché s’inscrit sur un damier - et on se rappellera La Vie Mode d’emploi de Perec encore. Reste que certaine « heure noire » est interdite par le souvenir qu’elle déclenche. Remplacée par « un carré blanc qu’il trouvait plus absolument mélancolique qu’un carré noir », elle s’oppose dans le texte à certaines pages, écrit mangé par le blanc du passé pressant, occulté, dévoré, dans le continuum des rencontres au présent de Goodman avec trois jeunes femmes épiées, désirées, perdues, retrouvées.
Car Eros mélancolique est bien une histoire d’amour, aussi, avec un énigmatique fantôme - fée ou reine du royaume des morts - avec l’ « Eurydice » que chacun porte en soi, une histoire qui « vient trancher le fil de vos pensées, traverser vos labyrinthes amoureux. Elle s’offre à vous hanter. »

La Dissolution de Jacques Roubaud, Éditions Nous, 544 pages, 42 et Éros mélancolique de Jacques Roubaud et Anne F. Garréta, Grasset. 304 pages, 18,50

Jeux de lumière Par Lucie Clair
Le Matricule des Anges n°101 , mars 2009.
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