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Domaine français Cendres bleues

avril 2009 | Le Matricule des Anges n°102 | par Chloé Brendlé

Après Le Théorème d’Almodóvar, Antoni Casas Ros livre un recueil de récits sensitifs et sombres qui forcent le vertige du regard.

Mort au romantisme

Mort au romantisme est un titre qui résonne comme un cri. Pourtant dans le récit du même nom, « Muerte al romanticismo » est ce graffiti sur un mur qui va provoquer le frôlement à peine perceptible d’hommes ivres, d’un couple faisant furtivement l’amour contre une porte et d’une gitane : fugace et silencieuse apparition de la poésie qui n’a rien d’une provocation. Déflagration sourde. Car le livre d’Antoni Casas Ros transcrit la magie écornée d’une réalité brute, à l’image de la peintre Frida Kahlo brisée dans de la poudre d’or, à qui le narrateur s’identifie et consacre un long fragment, qui commence comme un hommage lyrique, et finit comme le film de deux fantômes, figé en dernier lieu sur la bouche de Diego Rivera, « maculée des cendres bleues » de Frida morte. Les cendres bleues, ce serait alors l’ultime preuve de la beauté avant le néant. Ou bien le rictus désespéré du rêve. L’infime côtoyant l’infirme dans la distorsion des corps et des instants. Les textes de ce recueil sont, chacun à leur manière étrange et fascinante, une tentative de restitution de cette beauté friable. Pas tout à fait des nouvelles, plutôt des « blasons » ou des « micro-émerveillements entrecoupés de vastes marécages désespérés », qui alternent anecdote et allégorie, récit fantastique et notation d’une pensée. Entre la dilatation d’un instant et l’ébauche d’une histoire, le lecteur est convié à la mise en place d’une sorte de passage, de transition : ni scènes de genre ni vignettes, mais un ralentissement, qui force le vertige du regard. Dans « Vernissage », un artiste qui expose des animaux agonisants se trouve lui-même contraint in extremis de devenir une œuvre d’art ; dans « Hôtel », une femme se réveille dans le noir, regarde la corne torsadée de son front, allume la lumière, tout disparaît, elle sort. Dans « Vulcano » le narrateur entre dans un bar dont les membres mystérieux manipulent des allumettes, jusqu’à ce que l’un d’eux perde et soit châtié par une femme bleue… Le plus grand faiseur de bulles (personnage d’un des textes) est sans nul doute le narrateur, celui qui sait rêver ces figures - belles ou inquiétantes - sur le pavé ou dans un citron, sur le visage d’un dictateur ou dans la fin insatisfaisante d’une histoire de Roberto Bolaño, et les faire se former puis se dissoudre dans la prose du monde, celui qui sait faire de lui-même un centre vide autour duquel gravitent les récits.
Avec un style très dépouillé, qui vise au plus juste (il s’agit d’ « expérimenter », de « défricher », d’ « explorer à la machette », ou encore de « tailler la masse des mots jusqu’à la chair » ), Antoni Casa Ros suggère que la poésie n’est pas dans la métaphore, mais dans un certain regard, qui cache le visage de l’auteur. Ce n’est pas pour rien que par quatre fois des figures d’artistes sont réduites au silence : les paroles ne sont gravées que dans le temps de leur expiration. On écrit toujours à blanc. Les nouvelles dessinent des réalités sordides, des esquisses non de personnages mais de figures mutilées, physiquement ou métaphoriquement. Quant au narrateur, il se dévoile en ombres chinoises, sorte de Borges moins diabolique et plus mélancolique. À la fois sans figure et défiguré. Comme l’auteur. Comme le personnage de son premier roman, Le Théorème d’Almodóvar. Mutilés après un accident. La solitude est presque son seul « trait », cette « solitude de fond » dont il nous dit dans « Le duel substance-image sur You Tube » qu’elle « donne accès à ce qui se trouve sous les images, à cette région ombreuse et mystérieuse de l’être qu’on appelle substance ». La solitude comme présence en creux. Comme la forme du pull abandonné par terre dans la nouvelle « Muerte al romanticismo ». Forme humaine. Creusée par la poésie. L’entournure des choses. On l’a, comme lecteur, entraperçue sans fracas. Dans la poussière et l’amertume des mots. En cendres.

Mort au romantisme d’Antoni Casas Ros
Gallimard, 140 pages, 13

Cendres bleues Par Chloé Brendlé
Le Matricule des Anges n°102 , avril 2009.
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