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Poésie État de grâce

avril 2009 | Le Matricule des Anges n°102 | par Lucie Clair

Sous le signe du Tao, l’exploration poétique des cillements de l’être par Jacques Ancet en révèle les gouffres et les extases.

L' Identité obscure

Chacun peut un jour faire l’expérience troublante d’un moment où la sensation du moi se dilue. Le monde nous traverse, les choses s’imposent, les contours deviennent reliefs, les sons aspérités, « celui qui court ne sait plus s’il a gardé ses jambes, / on est comme (…) trop de sang / par terre, trop de poussière ». Épisode de creux surgissant à l’occasion d’événements - la perte d’un être cher, la rencontre amoureuse et son espérance inquiète - comme par le seul poids du réel et ses souffrances, ou par de petits riens - espaces vides nés d’une attente, indicible, parfois sans but, mais riche d’élans enfouis. Entre ces pointillés de l’être, L’Identité obscure de Jacques Ancet trace un chemin en treize chants, offrant les multiples voies - et voix - possibles, non pas pour restaurer ce Soi malmené, effrangé par la vie, menacé par sa fin - pouvant conduire à s’écrier « je traverse un temps dont je ne suis que l’occasion » - mais bien nommer son impermanence, sa nature profondément - et, heureusement - versatile divulguée par le vertige qui le saisit. Tension et évaporation concomitantes, plénitude et vide en alternance sont si rapprochés qu’ils s’équivalent. Les opposés se rejoignent sans rien perdre de leur nature : « fusionne toutes les lumières, / unifie toutes les poussières, / c’est l’identité obscure » dit Lao Tseu cité en exergue du recueil.
Obscurité dense, offrant un aperçu de l’unité désarmante à laquelle chacun aspire tout en la craignant, et c’est tout le talent de Jacques Ancet que de parvenir, chant après chant, à travailler cette matière subtile, des impressions, des éclats de ces moments où l’identité se fond et s’affirme dans le même mouvement - paradoxal élan d’émerveillement, puisé au cœur de sa force statique - « tout ce qui vient, / s’éloigne, ne laisse pas de trace, et je dis j’aime / cet éphémère, je le touche, je le respire,/ il m’enveloppe, comme ma peau, il est ma vie ».
Dans le tournoiement des pronoms d’où s’élève le chant - alternativement « je », « tu », « on » -, l’indistinction du Soi surgit comme une évidence, à la fois apaisante - si l’on n’y résiste pas, elle peut devenir source de plénitude -, et douloureuse, pénible. La langue est alors l’ultime recours : « ce que tu veux, c’est poser tes mots comme des pierres / pour pouvoir y marcher lentement dans le courant ».
L’impossibilité à être dissocié de son environnement, tout autant qu’à y participer pleinement, attise encore la tension intérieure. Comme si de nous révéler friables nous rendait par là-même poreux. Dans le silence qui s’installe ou nous traverse, peu d’échos, mais le bruissement et les clameurs des choses, prégnantes et tentantes - « ce que je veux, nous le voulons tous, est impossible, / entrer dans cet instant, l’habiter, sans y penser, / être autre chose que ce départ recommencé / qui me fait l’ombre de moi-même, être le diamant / scintillant aux infinies facettes, et le savoir, / n’être rien que ce grain de feu où tout se reflète ». Le monde s’offre en réfraction des désirs, des émotions, ce que l’on croit être s’effiloche entre les doigts du temps, et se reconstruit, presque par inadvertance, dans la surprenante - ou terrible - communauté avec les hommes.
Avec ce recueil tout en finesse, la certitude de soi bascule avec grâce. Ne rien faire, ne rien vouloir est l’une des clés de cette expérience indicible, si proche de l’union des chairs, de l’inouïe et insaisissable présence à l’autre-absence à soi, non sans avoir marqué chacun de leur empreinte, de leur saveur unique « pour leur offrir de naître à l’existence ». C’est bien ce qui compte, et rien d’autre.

L’Identité obscure de Jacques Ancet
Lettres Vives, 88 pages, 15

État de grâce Par Lucie Clair
Le Matricule des Anges n°102 , avril 2009.
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