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Domaine étranger Coma & comics

novembre 2009 | Le Matricule des Anges n°108 | par Pascal Jourdana

Un garçon inconscient, des troupes de freaks et de bikers, de sinistres mondes parallèles : un roman noir hors genres de Jack O’Connell.

Sweeney vient de décrocher un job de pharmacien, avec appartement, dans l’étrange clinique du Dr Peck, en même temps qu’un lit pour Danny, son fils de 6 ans dans le coma. Spécialisé dans l’accueil des patients en état végétatif persistant, cet établissement possède une excellente réputation. Mais qui est vraiment l’inquiétant Peck, qui passe ses nuits avec sa salamandre dans une coupole surplombant l’édifice ? Un épisode initial très frankensteinien le montre prêt à tout pour ses travaux… Dans une atmosphère spectrale, Sweeney se confronte à des sentiments contradictoires : son désir de voir son fils « reprendre vie », son chagrin, sa rage et sa culpabilité. Il s’inflige de ne pas dormir et reste au maximum au chevet de son fils, d’autant que ses premières sorties en ville lui font entrevoir un monde pire encore que l’hôpital. Car comme les précédents romans de Jack O’Connell, Dans les limbes se déroule à Quinsigamond, cité imaginaire, métaphore difforme d’une mégapole américaine et de ses tares autant que représentation de l’écriture obsessionnelle et angoissée de l’auteur.
Sweeney passe donc son temps à lire à Danny son magazine de BD favori, Limbo (« Limbes »), qui suit les aventures cauchemardesques d’une troupe de monstres, dont une femme-hippopotame, un/une hermaphrodite, une fille-homard, des siamois et surtout Chick, le garçon-poulet et ses crises visionnaires. Stars d’un cirque, ils doivent fuir l’ancienne Bohème à la suite d’un incident sanglant. Unis telle une famille, ils se dirigent vers Gehenna où Chick pense retrouver son père. Un voyage semé de traquenards et de malheurs, qui croise le chemin néfaste de Lazarus Cole, le « résurrectionniste » (titre original du livre). Avec la lecture « retranscrite » de ce « comic », le récit passe à un niveau supérieur. Car Sweeney, de son côté, fait en effet malgré lui la connaissance d’une autre « famille », les Abominations, des motards forcenés aux surnoms d’animaux, ainsi que de plusieurs femmes ambiguës. Des répliques du monde Limbo et du monde « réel » se font alors écho (courses-poursuites, enfants inconscients, marécages fétides, grottes ou couloirs étroits et obscurs, enterrements, résurrections). Bien sûr, ce procédé de mise en abyme n’est pas nouveau. Mais O’Connell brouille les frontières : Quinsigamond est « en réalité » aussi mythique que Gehenna, Lazarus Cole aussi improbable que Peck. La collusion de l’univers méticuleusement construit de Quinsigamond avec celui de Limbo s’est faite, affirme l’auteur, sans intention initiale. Elle apporte une dimension trouble à ce récit, méditation hallucinée sur la conscience, plongée dans l’inconnu du cerveau ( « un organe d’une stupéfiante versatilité » ), interrogation sur l’esprit ( « que nous comprenons uniquement sous ses aspects les plus infantiles » ), sur le deuil ou l’anormalité.
Ce récit vortex échappe autant au genre « thriller » que « gothique », en dépit de nombreux crimes, monstres ou fœtus ensanglantés. Ses qualités d’écriture ne résident pas dans les détails, malgré des phrases d’une justesse acérée ( « L’ennemie, c’est la mémoire » ), mais dans son rythme efficace et son architecture labyrinthique, qui s’amplifie de roman en roman. Inclassable, on pourrait néanmoins décrire O’Connell comme un Philip K. Dick mâtiné d’Alan Moore (celui de From Hell), qui perçoit le monde à sa façon : boursouflée, tortueuse et paranoïaque, mais saisissante. Avec une solide cohérence qui trouve peut-être son origine dans la réflexion concluant Dans les limbes : « S’il est vrai que Danny a été détruit par une histoire, alors peut-être pourra-t-il être reconstruit par une histoire. » Car c’est finalement la question de la force de la fiction, et donc de l’écriture, que pose Jack O’Connell.

Dans les limbes de Jack O’Connell
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Gérard
de Chergé, Rivages, 356 pages, 22

Coma & comics Par Pascal Jourdana
Le Matricule des Anges n°108 , novembre 2009.
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