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Essais L’Âme de l’eau

juillet 2010 | Le Matricule des Anges n°115 | par Dominique Aussenac

Avec humilité et fougue, Patrick Reumaux extrait l’essence méditerranéenne. Forcément enivrante et paradoxale.

Les Dieux habitent toujours à l’adresse indiquée

à titre intrigant, objet difficilement répertoriable : essai, tentative autobiographique plus ou moins testamentaire, psaume, poème, offrande expiatoire, alarme, miroir aux alouettes ? Un peu tout cela, tant le style (foisonnement mêlant lyrisme et éléments prosaïques, anecdotiques, verve, érudition, sens de la formule) épouse toutes les formes et crée maintes anamorphoses. Dans ces « considérations inactuelles sur la Méditerranée », sous-titre de l’ouvrage, Patrick Reumaux évoque le sentiment d’appartenance à ces terres autour d’une mer. Et ce, à l’aune de sa propre expérience, ses rencontres et celles qu’il provoque entre Anciens et Modernes, poètes, philosophes, romanciers. Ses semblables. Polygraphe, lui-même, il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages et a traduit Dylan Thomas, Dorothy Parker, Flann O’Brien, Emily Dickinson, Salvatore Quasimodo…
Il naquit de l’autre côté, en Algérie, dans une famille aisée avec limousine et chauffeur. Il sera marqué très tôt par la sensualité, l’odeur du sperme et du sang. « Je regardais l’odeur de menthe d’Aïcha qui, derrière le soupirail, glissa une main légère dans son chemisier et en sortit un sein à peine plus pâle que son visage, un sein puis l’autre, de la même chaude texture laiteuse et de la même pâmeur dorée… » Le désir caractérise-t-il vraiment la Mare Nostrum ? Pas n’importe quel désir ! Un désir dialectique associant ténèbres et régénération. Un désir à contre éternité qui s’articule ou s’englue dans la laitance de l’oubli, la souffrance, la perte. Un désir qui vibre, s’ébroue dans un grandiose théâtre à ciel ouvert. Un soleil blanchisseur d’os, une lumière singulière qui rappelle « que les dieux sont morts ». Où les vents modifient les perceptions, les âmes, les sentiments. Le sirocco donne la chair de poule, brûle et refroidit, déclenche des considérations métaphysiques, introduit Nietzsche. Un Nietzsche fou qui envoie un télégramme à Cosima Wagner signé Dionysos. Dans ce vent, la naissance et la mort de la tragédie, mais pas d’éternel retour. « Il n’y a pas d’infini en Méditerranée. » Que des dieux défunts et le jeu des fausses apparences puisque « L’absence des dieux est leur présence même ». Les contraires, jusqu’aux négations irrémédiables, plutôt. En Méditerranée, le silence ne se révèle-t-il pas au cœur même des verbiages, de l’éloquence, des jeux de langues, des bons mots, des tirades cinglantes… « La vérité sort de la bouche du mensonge. » « Les hommes se servent de la paresse comme d’un bouclier contre la mort. » Et voilà l’auteur de Zarathoustra se mettant à dialoguer avec Socrate au-delà de l’insulte. Cesare Pavese, fou de désir, l’interrompt. Nietzsche se met alors en ligne de basse entre dyonisiaque et apollinien continuant mezza voce à disserter. Une conversation d’employés de bureau à Turin monopolise l’attention à moins qu’il ne s’agisse d’un café maure d’Alexandrie. L’Ulysse de Joyce se mêle à celui d’Homère. Le ton monte, des voix s’élèvent. Celle de Flann O’Brien tente de couvrir celle de Georges Séféris, à moins qu’il ne s’agisse de René Char, Panaït Istrati, Nabokov ou Melville… « Je cherche la pensée de la Méditerranée du côté de la poésie arabe. Qui s’évapore. Devient inaudible. » Quelle polyphonie dans un espace démultiplié qui intègre Dublin, à deux lieux de Catane ! Pas de vérités, pas d’éternités, que des chants mensongers, mais quels chants ! Des chants à faire fuir les nouveaux maîtres du monde ?
L’ouvrage de Reumaux se termine par cette image : dans un restaurant sicilien quarante texans entament un Pater Noster, interdisant de fumer dans la salle. Alors, la Méditerranée : « ultime bastion de résistance à la barbarie de la Bourse, du Marché, du dollar ? » Au tourisme culturel ? « Le bassin méditerranéen : une bassine de cultures ? S’y laver les pieds. Et s’en laver les mains. Il y a un marché à prendre. »

Les dieux habitent toujours a l’adresse indiquée De Patrick Reumaux
Vagabonde, 106 pages, 10

L’Âme de l’eau Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°115 , juillet 2010.
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