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Égarés, oubliés Billets du front

avril 2013 | Le Matricule des Anges n°142 | par Éric Dussert

Journaliste de premier plan, Emmanuel Bourcier milita pour la double cause des écrivains morts à la guerre et celle des écrivains survivants.

Emmanuel Bourcier appartient à la génération de journalistes qui a vu paraître les premiers magazines. Ceux-ci, inspirés de la nouvelle presse anglo-saxonne, permettaient à une France avide de nouveautés de découvrir une nouvelle manière de maquetter les pages, soutenue par un usage allègre et parfois mal maîtrisé de la photographie et des à-plats d’encre inspirés des suprématistes russes.
Emmanuel Bourcier était une figure-clé de la vie culturelle de cette époque, l’entre-deux-guerres, au même titre qu’Édouard Helsey, Hugues Le Roux, Paul Ginisty, Henri Béraud, Albert Londres, Joseph Kessel ou Claude Anet, etc. En 1924, il signait d’ailleurs dans la collection « Les Grands Reportages » d’Albin Michel un curieux ouvrage à six mains sur L’Affaire Landru avec Henri Béraud et André Salmon, preuve qu’il était leur égal. Sa carrière de journaliste avait connu un sursaut lorsque, depuis les tranchées, il collabora au Cri de guerre, le journal du 23e régiment d’infanterie territoriale qui, lancé en 1915, se perpétua sous sa direction sous la forme d’un bimensuel humoristique avec ce sous-titre : « Maintien de l’esprit des journaux du front », puis « Le plus ancien du monde ». Depuis la paix, des journaux de tranchées, hormis le Canard enchaîné et le Crapouillot, il ne resta bientôt plus rien.
Né le 19 septembre 1880 à Paris, Bourcier vivait alors d’autres revenus : rédacteur à lIntransigeant, grand reporter à Paris-Midi, on retrouve sa signature sous de nombreux reportages en terre étrangère, et, parfois, en territoires étranges. Ainsi, sa collaboration au magazine coquin Audaces où 1933 le trouve aux côtés de Robert Desnos dans la société des petites femmes aux seins nus. Et puisque chaque reportage d’importance lui vaut de publier un volume, son périple à Pigalle devient-il Cent femmes nues (Nouvelle Société d’Édition), un livre plein de « cuisses de femmes et de seins nus ». Son passage à la prison pour femmes de Saint-Lazare donne, lui, La Cage aux femmes (Baudinière, 1928). Madame Steinheil, ancienne détenue, y témoigne : « Je vis les murs peints en noir et suintant ; la vermine qui grouillait dans les trous, les flaques d’eau sale là où le carrelage était cassé ou absent et les grosses poutres vermoulues du plafond d’où pendaient des toiles d’araignées, grises, épaisses. »
Bourcier vit L’Aventure abyssine (Librairie des Champs-Élysées, 1936), rencontre de Malheureux inventeurs (Baudinière, 1941) ou bien passe « Huit jours au Vatican » pour le magazine Vu (juin 1931). « Est-ce un métier ? Est-ce une légende ? Le professionnel répond, bien sûr : “un métier”. Aller voir et raconter, cela n’a rien d’héroïque. Nous ne sommes ni les justiciers de la planète ni ses derniers aventuriers. » (Marc Kravetz).
Des Îles de France (Le Masque, 1933), fruit d’un cabotage hexagonal et colonial, au terrible Bagne des Haïdouks (Baudinière, 1932), Bourcier est un excellent enquêteur mais il fait une fixette sur l’empire colonial. Présentant en 1939 le film La France est un Empire, qu’il a réalisé avec le romancier Jean d’Agraives, il écrit dans Cinémonde : « Cette propagande inouïe qui va montrer au monde ce qu’est la Civilisation Française (sic) et pourquoi l’indigène aime la France, n’a rien coûté à l’État. ». Outre qu’il nie radicalement l’identité des peuples, l’argument économique frappe par son obscénité. Rédacteur à L’Œuvre, journal radical, il faisait déjà remarquer en mars 1921 que les immigrés fournissaient toujours un tiers des rafles de la police en terre voyoute… Son livre sur Le Bois d’ébène consacré en 1934 à l’esclavage corrigera la mauvaise impression, mais pas celle qu’aura laissée son article de Paris-Midi du 25 mars 1929 où il s’agenouille à la mort de Foch : « une bouffonnerie remarquable » selon Léautaud.
En fait, Emmanuel Bourcier est simplement un homme de son temps : la Première Guerre mondiale et la perte dès 1914 de son frère cadet Charles, né en 1882, ont décidé de sa vision politique et de son militantisme. Modeste employé parisien, ce dernier avait créé la revue La Chimère, revue de littérature démocratique (-1910). La littérature tenait les deux frères : dès 1910 avait paru La Rouille (Édouard Cornely & Cie), un roman ambitieux où Emmanuel explorait les bataillons disciplinaires d’Afrique et la Légion étrangère. Puis il y eut Gens du Front (Société littéraire de France, 1918) et, le 27 juin 1919, sa participation à la fondation de l’Association des écrivains combattants par José Germain pour défendre les intérêts des survivants et la mémoire de ceux qui étaient tombés au champ d’honneur. En 1924, une anthologie en cinq volumes de leurs écrits est publiée par Malfère, puis, en 1938, Bourcier rejoint par un pépiniériste crée la forêt des écrivains morts à la guerre de Combes (Hérault) afin de perpétuer grâce à des plaques nominatives leur souvenir.
De ses romans, en revanche, la mémoire n’a rien gardé – non plus que sa date de décès… Il faut relire Beleba (Bibliothèque du Hérisson), La Mort a passé dans la maison (1945), Les Grands enquêtes de Mega Sulvan (Radot), Le Crime du train 624, récit authentique et inédit (Les Œuvres libres, 1923), Paul, mon frère (Jouve, 1922) pour trier le bon grain et remarquer que, malgré les apparences, les grands journalistes n’ont pas toujours choisi de devenir de grands romanciers.

Éric Dussert

Billets du front Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°142 , avril 2013.
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