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Histoire littéraire Du bruit pour rien ?

juin 2016 | Le Matricule des Anges n°174 | par Thierry Guinhut

Un chercheur canadien développe l’hypothèse selon laquelle le vrai Shakespeare était le linguiste John Florio.

John Florio alias Shakespeare

Quoi, encore une révélation sur l’identité de Shakespeare ? On imagina que le jeune Marlowe, selon toute apparence tué dans un duel, se serait caché pour continuer son œuvre dramatique et se servir de l’acteur Shakespeare comme prête-nom. De même l’hypothèse Francis Bacon, et Edward de Vere, comte d’Oxford ; et bien d’autres qu’il vaut mieux, par pudeur devant de telles billevesées, oublier… Pourquoi un tel acharnement à nier la paternité littéraire de l’auteur d’Hamlet ? Parce que les éléments réellement biographiques sont minces et lacunaires ; mais surtout parce que l’on dénia longtemps à un roturier de village « mal instruit » et secoueur de planches (pour jouer sur le sens de son nom) la capacité de créer un tel univers poétique et scénique. Cependant, depuis un siècle, on s’accorde à penser que Shakespeare est bien Shakespeare, et les biographes, Ackroyd et Greenblatt en tête, ne le remettent plus en question…
Ainsi la prise de risque de Lamberto Tassinari paraît d’avance invalidée. « L’identité de Shakespeare enfin révélée », clame-t-il sur la couverture avec un rien d’esbroufe. Pourtant, une fois la lecture entamée, l’hypothèse ne laisse pas d’être séduisante.
John Florio naquit à Londres en 1553, pour mourir en 1625. Cet humaniste polyglotte, « courtisan érudit », familier des milieux de la diplomatie et secrétaire de la reine du Danemark, bien connu de ses contemporains, est l’antithèse de « l’homme de Stratford », qu’aucun écrivain ni notable ne mentionne. Cet Italien anglicisé et protestant, de surcroît d’origine juive, est un linguiste émérite, auteur d’un dictionnaire italien-anglais immense et inventif, The Worlde of Wordes, sans compter un manuel de conversation bilingue. Ce dont on trouve un écho dans la leçon d’anglais d’Henri V. Alors qu’il traduit en 1603 les Essais de Montaigne, dont les vocables et le style sont résolument shakespeariens, un passage de La Tempête est calqué sur le discours sur les sauvages. Le « trésor de mots » et l’abondance des connaissances de Florio s’exprimeraient alors dans le corpus théâtral qui regorge d’inventions linguistiques, d’allusions scientifiques et spécialisées, mieux que sous la plume d’un imprésario voleur et d’un « singe-poète », selon les mots de Ben Jonson.
L’argument le plus troublant en faveur de la thèse de Tassinari est, dans l’œuvre du dramaturge élisabéthain, la surabondance des allusions à l’Italie, des sources italiennes, la plupart du temps non traduites à l’époque, qui eussent nécessité qu’un Shakespeare lût la langue de Dante, compétence qui ne manquait pas à Florio, traducteur de Boccace. À moins qu’il fût l’inspirateur de l’auteur des Sonnets, que l’essayiste attribue aux plumes conjointes de Florio et de son père…
« Les protecteurs et les amis de Florio sont ceux de Shakespeare » (dont Jonson), affirme Tassinari. De plus, ils dédicacent leurs œuvres aux mêmes aristocrates, avec une rare proximité stylistique redevable de l’euphuisme de Lily, ils ont le même imprimeur. Les comédies, drames et tragédies semblent n’avoir circulé que de manière anonyme, avant d’être réunis dans le fameux folio de 1623. Florio est-il « la main invisible » de cette manipulation ? S’est-il dissimulé en son pseudonyme pour ne pas subir l’ire des xénophobes, la réputation douteuse du théâtreux ? Pire, on l’a évincé, au profit d’un « Shakespeare national »…
Au sortir de cet essai savant et documenté, palpitant comme une enquête, même si son auteur se laisse un peu trop emporter par son enthousiasme polémique, sommes-nous définitivement convaincus ? Sans aller jusque-là, nous voilà pour le moins troublés, car la mosaïque qui se construit sous nos yeux plaide avec pertinence la thèse de la paternité de John Florio, Shakespeare plus vrai et «  florabondant » que nature.
Thierry Guinhut

John Florio alias Shakespeare
De Lamberto Tassinari
Traduit de l’anglais par Michel Vaïs,
Le Bord de l’eau, 384 pages, 24

Du bruit pour rien ? Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°174 , juin 2016.
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