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novembre 2016 | Le Matricule des Anges n°178 | par Martine Laval

Aux confins du réel, l’écrivain croate se lance à la recherche du temps perdu. Et signe avec son Cimetière englouti un roman facétieux et revigorant.

Mis à part son traducteur (Alain Cappon), son éditeur (Serge Safran), ses concitoyens et lecteurs de Croatie, Goran Tribuson est à ce jour (à ce jour seulement, espérons-le) un bel inconnu. Le Cimetière englouti (en passant, un titre de rêve pour âme mélancolique) est la première des œuvres de cet écrivain prolixe en son pays à être traduite. Que nous raconte Goran Tribuson, lui qui n’hésite pas à marivauder avec l’improbable, le fantastique ? L’histoire, dans un pays sans nom d’un type qui en porte un, Ivan Hum. Un quadra plutôt gris, un peu paumé, un peu cynique, qui décide sur un coup de tête de retourner dans sa ville natale, là où il vécut jusqu’à l’âge de 5 ans. Il s’est trouvé un prétexte, se rendre sur la tombe de sa mère, dans le vague espoir de voir surgir un visage, une voix – des souvenirs, une filiation, un passé, peut-être la paix. Mais de souvenirs, point. Mémoire à zéro. Aucune trace. Tout est noyé. Tout est oubli. Exit l’espoir.
L’esprit joueur, ce diable de Goran Tribuson installe une atmosphère délétère, où tout est menace, la pluie, les faits et gestes des habitants de ce « non-lieu », l’obscurité, le silence. Son narrateur, Ivan le rescapé dont on ne sait pas (encore) quel passé, balade sa placidité dans un bout du monde muré dans l’amnésie. Il découvre des paysages confinés dans le brouillard, d’où surgissent parfois des êtres aux allures étranges : un croque-mort philosophe, un curé diseur de sagesse pragmatique, une femme aux mœurs butineuses, un inventeur de machines à réveiller les morts… Une kyrielle de personnages bizarres, sinon fous, âmes errantes, véritables fantômes d’outre-monde, tous avides de vengeance…
Alors que le fleuve gronde et enfle jusqu’à emporter dans son déluge les pierres tombales (genre du passé faisons table rase), Ivan est pris au piège d’une farce qui l’inquiète et le dépasse. La farce, évidemment, se nomme Histoire, long déroulement de folies guerrières. Chercher la vérité – si celle-ci existe – mène à un labyrinthe, qui lui-même après bien des tourments mène à l’enfer, qui lui-même existe sur terre. Goran Tribuson joue malicieusement avec son anti-héros, le propulse de divagations en hallucinations sans jamais pour autant le faire sombrer. L’ironie est la pièce maîtresse de son talent de conteur. La vie est absurde ? Qu’à cela ne tienne ! semble-t-il dire au lecteur qui par contrecoup s’en trouvera stimulé, revigoré.
Aussi sarcastique et truculent que ses voisins, le Serbe Svetislav Basara ou le Bosniaque Velibor Čolić, Goran Tribuson ose la fable – ce plaisir de raconter une histoire – et fête les retrouvailles de la fiction et de la dérision. Ainsi s’ouvre son Cimetière englouti  : « Autrefois, en des temps qui tiennent d’un passé durable et irréversible où j’avais suffisamment de patience encore pour me consacrer à maintes choses accessoires et insignifiantes (dont, même, la lecture), j’avais parcouru un poème très obscur… » C’est parti !

Martine Laval

Le Cimetière englouti, de Goran Tribuson, traduit du croate
par Alain Cappon, Serge Safran éditeur, 240 pages, 18,90

Jeux de mémoire Par Martine Laval
Le Matricule des Anges n°178 , novembre 2016.
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