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Zoom Vodka et perestroïka

mai 2018 | Le Matricule des Anges n°193 | par Martine Laval

L’auteur à l’imaginaire débridé du Train zéro raconte « l’âme russe ». Une fresque joyeuse et délirante sur le métier d’écrivain, la liberté et l’Histoire.

Voleur, espion et assassin

Écrivain ? « C’est un métier de voleur, d’espion et d’assassin. Un écrivain espionne, il écoute les gens en douce, il vole les paroles des autres, puis il met tout ça sur le papier, il arrête l’instant, comme disait Goethe, autrement dit, il tue ce qui est vivant au nom de la beauté… » À mi-chemin de son autobiographie déguisée en fiction à moins que ce ne soit l’inverse, le Russe Iouri Bouïda rétorque penaud à son interlocutrice : « Il ne tue pas, il donne une autre vie, une vie nouvelle…  » Il a alors une vingtaine d’années, il est piètre étudiant, s’essaie à la drague, s’imagine écrivain, échoue ouvrier à l’atelier numéro 5 de l’usine de wagons. Quelques années plus tard, il signera Le Train zéro (Gallimard,1998), un roman sur l’absurde, baroque et cruel, un texte désormais culte.
En 2013, à la soixantaine, il publie cet Espion, voleur, assassin aujourd’hui traduit en français. Roman d’apprentissage, roman d’une vie mais surtout roman de tout un peuple, de cette insaisissable « âme russe » si foldingue, si meurtrie. Iouri Bouïda est né en 1954, il dit « je » avec un bel et joyeux aplomb et raconte dans un même élan « l’Histoire en putréfaction » de son pays, Khrouchtchev, Gagarine, Brejnev, la perestroïka, etc. Il fait le choix de la petite lorgnette et met en scène les oubliés, ouvriers, paysans, gens de rien écrasés par la misère, la folie soviétique : « C’est dans les petites villes que se fait l’Histoire, et dans les capitales qu’elle s’écrit. » Le voici gamin, à Kaliningrad, du côté de la Baltique, où s’étendent les décombres de l’après-guerre. Avec les yeux de l’innocence, il fait vivre tout un monde déchu où forniquent boivent rigolent et re-boivent des personnages fantasques, parents, voisins, copains, types improbables ou crève-la-faim, tous joyeux drilles, shootés à la dérision comme au désespoir. Dans ce joyeux bordel, le petit Iouri lit sans répit : « Il va de soi que je ne comprenais pas la plus grande partie de ce que je lisais, mais j’étais envoûté par la rumeur de l’histoire, non par sa signification. » Tout y passe, Verne, Stevenson, Poe, puis Flaubert, Kafka (le terrible), Shakespeare (l’ultime), Dostoïevski : « Ses phrases sautillent, pétillent, grésillent, gazouillent, font la grimace et remuent la queue. »
Quand fleurissent les mini-jupes, les garçons frémissent et se réjouissent de l’entrée des troupes soviétiques en Tchécoslovaquie. Enfin ! leur génération marquerait l’Histoire… Lavage de cerveau. La vérité sortira de la bouche de sa grand-mère : « Un héros accomplit un exploit, il sauve des camarades de la mort, il défend sa terre natale mais quand il rentre à la maison, il bat sa femme (…) Les héros, ce sont des gens d’une seule fois. Le monde repose sur les justes, et pas sur les héros. » Quand Iouri Bouïda prend sa carte du Parti pour devenir journaliste et gagner sa pitance, il se souviendra encore des mots de l’aïeule : « La liberté, c’est toi. Seulement, n’oublie jamais que la prison, c’est aussi toi.  »

Martine Laval

Voleur, espion et assassin, d’Iouri Bouïda
Traduit du russe par Sophie Benech,
Gallimard, 336 pages, 22

Vodka et perestroïka Par Martine Laval
Le Matricule des Anges n°193 , mai 2018.
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