La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Domaine français Chasse au trésor

février 2019 | Le Matricule des Anges n°200 | par Valérie Nigdélian

Immersion dans une école d’art, le « roman » de Christine Lapostolle est d’abord une ode à la jeunesse, à la liberté d’être et de créer.

C’est « un lieu à part, un lieu bizarre, enchanté, maudit, un abri, un théâtre, un microcosme, une île ». Un lieu que Christine Lapostolle connaît bien, puisque depuis les années 1990, elle enseigne l’histoire de l’art et la culture générale à l’École des beaux-arts de Quimper : Ecoldar en dresse amoureusement le portrait. Qui n’est ni strictement documentaire ni vraiment romanesque – malgré l’effet d’annonce en couverture. Une hybridité guère étonnante pour un lieu qui cultive les paradoxes et les contradictions, dont la moindre n’est sans doute pas celle de l’affirmation d’une singularité unique et les « injonctions ministérielles » à la professionnalisation et à une certaine normalisation au regard du marché. Évidemment nourri de l’expérience de l’enseignante – désignée dans le texte sous le masque fictionnel d’une initiale : « L » – et de ses questionnements afférents à la notion de transmission, Ecoldar est traversé plus largement par les problématiques liées à un supposé « enseignement de l’art » : deux termes antinomiques, dont l’accolement décidé par l’institution produit un ensemble de dispositifs visant à confronter « l’élève » avec les œuvres, les artistes, les pensées, les pratiques les plus diverses. Et à lui donner les moyens – matériels, techniques et temporels – d’expérimenter, chercher, rater, recommencer. C’est d’ailleurs sans doute d’abord à eux qu’Ecoldar donne voix, à ces étudiants quelque peu désorientés, sinon perdus, face à l’incroyable champ des possibles qu’ouvre, et même qu’exige, le lieu. Si « L » raconte, son récit se croise avec d’autres : extraits du journal d’un étudiant nouvellement arrivé dans l’école, dialogues saisis sur le vif pointent les incertitudes initiales et celles qui perdurent, les incompréhensions ou l’appréhension progressive des enjeux. Cette polyphonie dessine un kaléidoscope fascinant d’hétérogénéité, qui permet de faire émerger un véritable bric-à-brac de rêves, de désirs, d’univers, de discours, et surtout les doutes, les espoirs, les difficultés de ces apprentis artistes confrontés sans y avoir été préparés à cette liberté immense – « chercher, toujours chercher », « apprendre à désapprendre » –, à cette conquête de l’autonomie, à la construction de soi – à la fois en tant qu’artistes, mais plus simplement en tant qu’individus.
C’est là sans doute que réside la grande beauté du texte, dans la place centrale qu’il donne aux parcours de vie – aux échecs comme aux réussites, sans jamais les hiérarchiser. Tous ces étudiants qui arpentent l’île y viennent avec leur histoire, passée et à venir, en quête d’autre chose – certainement pas « l’argent, l’ordre, le pouvoir », ni le centre d’une société à laquelle ils refusent d’appartenir – une quête de la périphérie. Plus encore que chez ceux qui ont « réussi », c’est-à-dire qui ont su intégrer, parfois avec un certain cynisme, les stratégies du milieu de l’art contemporain – cet « Archipel » qu’évoque Lapostolle, et ses nouveaux académismes –, c’est chez les inadaptés, dans leurs parcours brisés ou inachevés, que cette logique d’excentration révèle son pouvoir agissant, clandestin, souterrain. Chez les 85 ou 90 % d’élèves qui ne deviendront pas des artistes officiels mais qui, empruntant d’autres voies – plus discrètes ou inattendues –, feront résonner l’enseignement reçu dans leur « mode d’être » même, et deviendront « des artistes invisibles ».
Placé sous le signe de Pasolini, dont une citation extraite d’Œdipe roi« Où va donc ma jeunesse ? Où va ma vie ? » est mise en exergue –, Ecoldar interroge avec une certaine nostalgie ce moment irrémédiablement fugace et promis à disparaître, ce moment où, à la croisée des chemins, toutes les possibilités s’offrent à vous, dans leur richesse et leur multitude. Dans le vertige qu’elles génèrent. Devant Agathe, Rita, Clarisse, Julie, Bernard, Pauline, Laetitia, Félix, toujours tout recommence : « C’est sans fin, c’est sans but, c’est une manière de vivre à laquelle ceux qui sont là pensent que chacun devrait pouvoir goûter. » Et quelque joyeuses, douloureuses, laborieuses ou légères qu’elles aient été, une chose est sûre, ces années suspendues, arrachées au diktat de la rationalité ou de l’utilitarisme, auront été « les plus belles années de (leur) vie ».

Valérie Nigdélian

Ecoldar : portrait d’une île, de Christine Lapostolle
Éditions MF, 224 pages, 14 

Chasse au trésor Par Valérie Nigdélian
Le Matricule des Anges n°200 , février 2019.
LMDA papier n°200
7.00 €
LMDA PDF n°200
4.00 €