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Poésie Road poem

février 2019 | Le Matricule des Anges n°200 | par Christine Plantec

Un périple de Sébastien Fevry à travers l’Europe contemporaine, la Caroline du Sud et le continent de l’enfance. Sans concession.

Couche par couche / Fatigue après fatigue / Ils me pèleront jusqu’à l’os / Et quand tout sera terminé / Il ne me restera qu’à traîner les pieds / Sous les lueurs dorées / Du centre commercial ». Premier livre de poésie de Sébastien Fevry, Solitude Europe esquisse les linéaments d’une voix où se mêlent, sans contradiction, réalisme et lyrisme. De plain-pied dans l’aujourd’hui, de Francfort à Newcastle, de Turin à Amsterdam, de Tallinn à Arras en passant par la Pologne, la vieille Europe se montre fragile et malade. Et où qu’on aille, il y fait terriblement froid. Le poète, pris dans les nasses d’une pérégrination physique autant que mentale, croise la grande indigence, la grande solitude, celle des migrants, des sans-abri, du travailleur exploité ou celle, moins attendue, de l’exploiteur : « Derrière nos fronts soucieux / Nous ignorons pourquoi nous le payons / Et qui nous sommes exactement ».
Parfois une sorte de féerie fait trouée dans la narration « Les fantômes de Nietzsche et Pavese / (Qui) marchent ensemble sous les arcades » pendant que de l’Europe « D’autres mains touchent le bas de son manteau / Et demandent l’aumône d’une aumône ». Pasolini, comme la mauvaise conscience d’une mondialisation ratée, réduite à l’expression d’un libéralisme bien peu inspiré, réapparaît au buffet d’un hôtel à Dubrovnik et découvre la manière dont le cinéma met en scène « les mendiants, les artisans et les humbles  » en noircissant les dents de ses figurants « Incroyable, s’exclame Pasolini. Quelle impudeur ! »
Le vers libre de Fevry file à vive allure vers on ne sait où et quand bien même nous le saurions, peut-être serait-il préférable de ne pas trop s’y attarder. L’homme errant, démuni ou au bord du « burn-out » évolue dans un monde vidé de son substrat. Il est « Une matière propice à combustion / Étoffe devenue étoupe ». Qu’à cela ne tienne. Changeons de continent !
Soit au cœur de l’opus, quatre poèmes narratifs impeccables : outre-Atlantique, à Greenville en Caroline du Sud, « La reine du bal / Voyez ses perles, voyez son collier » est une jeune Européenne présidant une assemblée d’invités blancs alors que, alcool aidant, l’ombre d’un strange fruit hante l’assistance et « redessine les contours d’un ancien monde », d’une époque où l’Européen, après avoir spolié les Cherokees, développa l’idéologie ségrégationniste. Où que l’on aille, point d’issue.
Même dans l’enfance, nous révèle Fevry dans l’ultime partie de Solitude Europe, il est question de chasse, d’animal mort que le père porte sur ses épaules. « Sur fond de nuit, en lisière de forêt / Nous continuons à avancer / Braconniers chargés de dépouilles  ». Famille, amis, disparition inquiétante. D’une dépouille l’autre, à la manière d’un je me souviens, le poème égrène les éclats saillants d’un passé qui ne passe pas « Les choses tues et non sues / Ce qui demeure et persiste » en une élégie crépusculaire et lumineuse.

Christine Plantec

Solitude Europe, de Sébastien Fevry
Cheyne éditeur, 104 pages, 19

Road poem Par Christine Plantec
Le Matricule des Anges n°200 , février 2019.
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