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Domaine français Transport en commun

octobre 2019 | Le Matricule des Anges n°207 | par Martine Laval

Contre la banalisation des lieux et l’uniformisation des liens amoureux ou amicaux, Sylvain Prudhomme prend la route de l’espoir. Enfin, du bonheur !

La France. « Les mêmes vaches, les mêmes bocages, les mêmes rideaux de peupliers coupe-vent, les mêmes clochers de villages au loin, les mêmes panneaux criards de zones commerciales traversées sous un ciel bas (…) » Sans oublier, parfois surgis de nulle part, les mêmes ronds-points et leurs circonvolutions métaphysiques. Et puis les autoroutes, leurs stations-service à la Edward Hopper, leurs aires de repos standardisées, l’anonymat, la solitude. La France selon Sylvain Prudhomme serait une sorte de non-lieu puisque tout est identique, sans aspérité, sans vie, sans âme. C’est pourtant pour cette France soumise à un urbanisme en manque total d’inspiration que l’écrivain choisit la poésie ou dirons-nous la grâce, une écriture au rythme infaillible, à la sensualité indéfectible. Il balade son héros, un quadra qu’il nomme l’autostoppeur, un homme qui a pavillon-femme-enfant mais ne peut résister à l’appel de l’air – chercher l’aventure, accepter l’insécurité, aller à la rencontre de l’autre, tous les autres, travailleurs, vrp, cadres ou prolos, vacanciers, jeunes ou vieux en goguette, tous ceux qui un jour l’inviteront à monter en voiture, feront un bout de route avec lui. Dans le huis clos de l’habitacle, ils partageront du temps, du silence, parfois des mots, un peu de vie. Sylvain Prudhomme raconte son personnage gambadeur par la voix d’un narrateur, écrivain las, en manque de souffle, de repères, un type blessé comme tant. Il a quitté Paris, s’installe dans cette petite ville où il retrouve – quelle coïncidence – l’autostoppeur, son ami de jeunesse, l’unique. C’était il y a vingt ans, lui a changé, l’autostoppeur, non, il est resté fidèle à lui-même, à une vision du monde.
Sylvain Prudhomme se fait donc l’écho de ces rencontres improbables avec une détermination enjouée : il donne à voir, à sentir, une humanité refoulée dans l’oubli qui ne demande que ça justement, sortir de l’oubli, de la solitude, de l’anonymat, du grand fourre-tout organisé qu’est notre société. Comme s’il fallait choisir l’errance pour réinventer la vie. Comme si partir n’était pas fuir mais affronter le monde, lui donner sens.
À quoi carbure donc cet autostoppeur ? À un profond désespoir ? À une soif d’amour universel ? À une liberté totale ? Mais c’est quoi la liberté, l’amour ? Par les routes brouille les pistes, mène en bateau quiconque succombera à cette prose sinueuse, vénéneuse. Entre l’autostoppeur et le narrateur jadis si complices, resurgit la recherche d’un antidote à la société qui ne fabrique que de la peur. Peur de l’autre, du vide, de la différence…
Sylvain Prudhomme réussit un paradoxe étrange : il plonge dans la mélancolie mais n’écrit que l’espoir, presque une joie de vivre, des désirs contre vents et marées, un optimiste à tous crins. N’être pas grand-chose, anonyme parmi les anonymes, mais là être là, maintenant tout de suite, libre en quelque sorte, et avancer, avaler le bitume, et défier les rouleaux compresseurs ordre et morale. Martine Laval

Par les routes, de Sylvain Prudhomme
Gallimard, « L’arbalète », 296 pages, 19

Transport en commun Par Martine Laval
Le Matricule des Anges n°207 , octobre 2019.
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