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Essais Lanceur de tartes

janvier 2020 | Le Matricule des Anges n°209 | par Chloé Brendlé

Toujours aussi critique et facétieux, Pierre Senges nous embarque dans sa nouvelle quête de sens : le sens des tartes à la crème.

Projectiles au sens propre

Comment diable la tarte à la crème, la vraie, est-elle devenue tarte-à-la-crème de tout discours et de tout commentaire ? Avec Projectiles au sens propre, Pierre Senges s’attelle à la tâche de revenir aux sources. En l’occurrence, la principale est La Bataille du siècle, ce court-métrage de 1927 et de Clyde Bruckman mettant aux prises Stan et Ollie avec un pâtissier puis l’ensemble du quartier à coups de tartes fraîchement sorties du camion. À partir d’une déclaration de Stan Laurel sur la fabrique de ces centaines de tartes détournées par Hollywood de leur destination initiale, « On a voulu faire en sorte que chaque tarte ait un sens. », l’auteur brode un récit-essai étonnant. Avec un sens aiguisé du rythme, il alterne narration édifiante et dramatique sur les sœurs Mc Kenzie – hypothétiques fournisseuses des studios en tartes –, typologies farfelues de tartes, entretiens imaginaires avec les acteurs, gros plans sur des figurants entartés, descriptions de supposés conseillers en entartage, aperçus historiques en accéléré (des inventions voisines de la tarte à la crème par exemple et de la portée politique de tels jets collectifs)…
Mais là où Pierre Senges excelle, c’est dans la mise en scène de batailles herméneutiques. À Laurel et sa sentence sur les tartes il oppose un métaphysicien médiéval, Angelus Silesius, et sa célèbre déclaration « la rose est sans pourquoi ». Bien vite, une bande de petits personnages s’ajoutent et s’agitent autour de cette question : une tarte propulsée vers une figure peut-elle avoir du sens ? On croise Spinoza, Rousseau, Goethe, Buster Keaton et bien d’autres créatures fictives. On perd parfois le fil (que viennent faire des moines zen dans cette galère ? C’est l’un des passages les plus drôles) mais ce n’est pas grave, notre œil est happé par un détail, un motif qui grossit et emplit la page : l’assiette de pois aux lards d’une carmélite, un moine dont l’esprit a tellement pris le dessus sur la chair qu’il ressemble à une feuille entre deux pages d’évangile, le visage surpris de Doris Mc Kenzie et la lune.
Comme d’autres récits de Senges, tels Achab (séquelles) (sur les traces de Moby Dick et de son persécuteur) ou Fragments de Lichtenberg (à la recherches des fragments, véridiques ou inventés, d’un contemporain de Goethe), Projectiles au sens propre est une variation burlesque sur la quête de sens des humains et leur imperturbable sérieux. D’analogie en aphorisme (« toute tarte à la crème peut (ou doit) être considérée comme un masque mortuaire à prise ultra rapide »), de digression en jeu de mots (ah, le saint chrême !), Senges met dos à dos chair et esprit, exégèse et non-sens, docteurs et amateurs autour d’un objet simple, prétexte à une épopée mentale. L’on savoure les promesses hétéroclites de ses titres (« Joie courte des pionniers » « Burlesque et l’inespérance » « Invention de la crème Chantilly » « Bouffon (aggravement du) » « Le Monastère des Noms infusés dans l’Eau Chaude » « Chou farci et briques »), la relative pertinence de ses notes de bas de page (« La bataille de tartes est le volet Iliade du cinéma muet ; la course-poursuite son volet Odyssée (d’autres l’ont dit bien mieux que moi). » et l’on revisite l’Histoire de nos imaginaires. On retrouve pêle-mêle le goût de Senges pour les Lumières, les débuts du cinéma et de la bande dessinée, les chapelles interprétatives et les petits chevaux de l’imagination.
Une fois n’est pas coutume, l’écrivain encyclopédiste propose un récit court, une sorte d’en-cas qui nous divertit et nous instruit dans cette période étouffante et à ras de réel. Inventons donc. D’ailleurs, une continuation des tartes à la crème pourrait être envisagée : les pérégrinations des têtes à claques.
Chloé Brendlé 

Projectiles au sens propre, de Pierre Senges
Verticales, 158 pages, 16,50

Lanceur de tartes Par Chloé Brendlé
Le Matricule des Anges n°209 , janvier 2020.
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