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Domaine français Un pas de côté

septembre 2020 | Le Matricule des Anges n°216 | par Guillaume Contré

Un homme décide de poursuivre sa vie en pantoufles et c’est tout son monde qui en est bouleversé. Une fable légère qui célèbre l’excentricité et la liberté.

L’histoire est vieille comme le monde : un homme respectable, bien sous tous rapports et parfaitement intégré à la société, prend un jour une décision minime, anecdotique, mais qui change tout. Une décision qui, en vérité, tient de la rébellion discrète ; si subtile qu’elle pourrait passer inaperçu aux yeux trop pressés de ceux qui ne goûtent que les esclandres sonnants et trébuchants.
Ainsi, Les Pantoufles dénonce dès son titre l’objet par qui le scandale arrive : une bien belle paire de charentaises, celles qui ornent les pieds de notre héros, un matin où, pressé de partir au bureau il oublie les clés à l’intérieur de son appartement et se voit donc pour ainsi dire coincé dehors dans ses pantoufles. Certains, face à un tel impair, perdraient leurs moyens ; c’est bien mal connaître le protagoniste, qui profitera de l’incident pour mettre « le pied à l’étrier » : ces pantoufles, d’ailleurs des plus confortables, ne seraient-elles pas l’opportunité d’un petit changement dans le train-train quotidien ? On aurait tort de ne pas en profiter et bien des charmantes fables ont été écrites sur de telles prémisses. Luc-Michel Fouassier, écrivain aussi discret qu’actif, s’est donc retroussé les manches, bien décidé à voir lui aussi où le conduiraient ces pantoufles de sept lieues.
Notre héros, en retard, commence par trouver qu’il risque « de détonner un peu, voire de passer carrément pour un cinglé » à se trimballer comme ça dans les rues « en pantoufles et complet veston ». Très vite, pourtant, il note : « ce n’était pas désagréable de marcher dans la rue avec des charentaises aux pieds, ça vous donnait la douce impression de fouler un tapis moelleux et silencieux de mousse, le dur trottoir revêtant les atours de sentier de sous-bois ». Ce « petit pas pour l’homme » que fait le personnage devient ainsi « un bond de géant », si ce n’est pour l’humanité en général, du moins pour une petite humanité composée de lui et de quelques autres olibrius qu’il croisera en chemin, car ses resplendissantes charentaises semblent jouir du pouvoir d’attirer à lui les esprits frères. La fameuse phrase de Neil Armstrong (« trompettiste lunaire »), qui sert d’épigraphe au livre, dit bien ce qu’elle veut dire, quoique plus modestement dans ce récit quotidien d’un quotidien subtilement bouleversé qui n’a pas besoin d’aller jusqu’à la lune pour se faire extraordinaire : il suffit, pour avancer de faire un pas devant l’autre, mais aussi, parfois, un pas de côté.
Notre héros et narrateur ne se contente pas de parcourir la ville en charentaises, il poursuit plus loin son expérimentation et, décidant d’assumer pleinement les conséquences d’une paire de clés coincées à l’intérieur d’un logement qui, soudainement, lui semble sans attraits, il prend une chambre à l’hôtel. Les charentaises, symbole s’il en est de la vie domestique, deviennent pour lui une incitation à mener une vie en transit. Le réceptionniste de l’hôtel est un drôle de personnage impassible, qu’il surnomme « Buster Keaton ». Lecteur de Bartleby, celui-ci ne tarde pas à reconnaître dans le protagoniste « une personne qui ne suit pas le troupeau, qui n’hésite pas à lutter contre le consensus ambiant », bref, « un as ! » Entre eux s’établit une de ces amitiés que Borges qualifierait « d’anglaises », faite d’entente mutuelle et de silence bien compris.
Notre héros poursuit sa vie en chausson : il participe aux réunions prévues, où il se permet même de briller aux yeux des chefs, se rend à son habituel match de tennis au cours duquel les pantoufles ne se révèlent pas l’obstacle prévu (que les fabricants d’onéreuses chaussures de sport en prennent de la graine !), et se paie même le luxe d’intégrer une confrérie de lunatiques dans son genre.
En une centaine de pages, Luc-Michel Fouassier réussit un roman délicieux, léger et profond sans en avoir l’air, toujours drôle sans lourdeur, dans une langue à l’inventivité inattendue. Dans une rentrée littéraire certainement pleine de livres terriblement sérieux, on aurait tort de se priver de cette courte parenthèse en charentaises.

Guillaume Contré

Les Pantoufles
Luc-Michel Fouassier
L’Arbre vengeur, 124 pages, 13

Un pas de côté Par Guillaume Contré
Le Matricule des Anges n°216 , septembre 2020.
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