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Poésie Qu’est-ce qu’une existence poétique ?

janvier 2021 | Le Matricule des Anges n°219 | par Richard Blin

Avec ses lettres enfin complétées par celles du jeune poète avec qui il correspond, rainer maria Rilke a écrit, sans le savoir, un des plus célèbres ouvrages sur la poésie.

Lettres à un jeune poète

Tout commence à la fin de l’automne 1902. Dans le parc de l’Académie militaire de Wiener Neustadt, un jeune élève officier, Franz Xaver Kappus, lit un livre dont la couverture va inspirer, au chapelain de l’Académie, qui passait par là, une réflexion inattendue : « Ainsi donc, l’élève René Rilke est devenu poète. » Et d’évoquer le souvenir qu’il a gardé de cet ancien élève qui, quelques années auparavant, avait suivi les cours de l’école militaire des cadets, à Sankt Pölten. « On comprendra aisément, après cela, que j’aie décidé dans l’heure même d’adresser mes tentatives poétiques à Rainer Maria Rilke et de solliciter son jugement », explique Kappus dans l’Introduction qui ouvre Lettres à un jeune poète, le livre dans lequel il a réuni, en 1929, les dix lettres reçues de Rilke (1875-1926). Un livre où ne figuraient pas ses propres lettres, celles que cette nouvelle édition augmentée de ces Lettres, nous permet de découvrir aujourd’hui.
Que dit, que révèle cet échange intime entre un jeune poète à peine âgé de 20 ans, fourvoyé dans la carrière militaire, et un Rilke, qui n’a que 28 ans et se trouve à un moment charnière de sa propre évolution, lui qui après avoir publié quelques minces recueils mélancoliques et empreints d’un symbolisme préraphaélite, est en train d’évoluer vers le chemin de l’intérieur, celui où conspirent, dans la profondeur du cœur, le visible et l’invisible.
Rilke commence par reprocher au jeune poète de se tourner vers l’extérieur pour quémander des avis sur ses vers. « Personne ne peut vous conseiller ni vous aider, personne. Il n’y a qu’un seul moyen. Rentrez en vous-même. (…) Sondez la raison qui vous commande d’écrire (…). Devriez-vous mourir s’il vous était interdit d’écrire ? » Se tourner vers soi, c’est aussi ce qu’a dû faire Rilke pour répondre aux questions – sur les doutes, la solitude, l’amour, la mort – d’un jeune homme qui cherche la poésie sans savoir ce qu’il cherche. Au miroir des réponses qu’il lui donne, c’est sa propre expérience poétique, et la façon dont la poésie vient à lui, qu’il évoque. Car son but n’est pas de fournir des clés pour devenir poète, mais de faire comprendre que la poésie met en jeu toutes les dimensions de la vie, qu’elle est, en son principe, une disposition de l’être, une façon d’exister. Le poète, comme l’artiste, doit suspendre sa vie à l’art, doit tout lui sacrifier. Aux yeux de Rilke le poète n’a pas d’autres sources d’inspiration que son expérience, c’est-à-dire son rapport au monde. Il doit apprendre à voir, et savoir attendre le signe propice à l’expression. « Laisser en soi chaque impression et chaque germe de sentiment s’accomplir jusqu’au bout, dans l’obscurité, l’indicible, l’inconscient, là où l’entendement ne pénètre pas, et attendre avec une humilité et une patience profonde l’heure de l’accouchement d’une clarté nouvelle. »
L’attente est un risque auquel il faut s’exposer. La poésie ne se fabrique pas, elle sourd des profondeurs du sujet et se nourrit de solitude et d’amour. De solitude enluminée par le souvenir de l’enfance, car être enfant c’est entretenir un rapport poétique, solitaire, silencieux avec le monde, c’est vivre au plus près des choses, c’est « voir comme le premier homme ». Quant à l’amour, il est, pour Rilke, un travail sur soi et non un divertissement ou ce « domaine de l’expérience humaine débordant de conventions ». Il doit aider à participer à toutes les forces de la vie, en n’oubliant pas que les femmes « chez qui séjourne une vie plus immédiate, plus féconde et plus confiante » sont « des êtres humains plus humains que cet homme léger (…), cet homme présomptueux et pressé qui rabaisse la valeur de ce qu’il prétend aimer ». L’amour est une quête, une façon de désirer l’autre non comme notre prochain mais comme une étoile.
Tous ces thèmes noués les uns aux autres – thèmes dont le choix revient à un jeune poète égaré dans le labyrinthe de la poésie – se résument finalement à une grande leçon de vie et au constat que pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, beaucoup d’hommes et de choses comme Rilke le note dans les Cahiers de Malte Laurids Brigge. C’est que le chemin qui mène vers la poésie est celui d’un apprentissage cohérent et continu de la densité et de la gravité de l’existence poétique. Kappus ne deviendra pas poète, mais grâce à ses questions, Rilke aura pu écrire un livre-culte – et posthume – qui est, en France, son œuvre la plus connue.

Richard Blin

Lettres à un jeune poète
Rainer Maria Rilke
Avec les lettres de Franz Xaver Kappus
Traduit de l’allemand par Sacha Zilberfarb
Seuil, 160 pages, 17,90

Qu’est-ce qu’une existence poétique ? Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°219 , janvier 2021.
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