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Essais Duras, « tueuse de cinéma »

novembre 2021 | Le Matricule des Anges n°228 | par Didier Garcia

Avec Le Cinéma que je fais, l’écrivaine offre au lecteur une visite guidée de sa production cinématographique. Loin des canons de l’époque.

Le Cinéma que je fais

Après la réédition, l’été dernier, des entretiens croisés avec Jean-Luc Godard (Dialogues, chez Post-éditions), voici donc un volume posthume consacré aux 19 films que Marguerite Duras (1914-1996) a réalisés, de La Musica (1966) aux Enfants (1985), en passant bien sûr par les deux chefs-d’œuvre que sont India Song et Le Camion. Se trouvent donc exclues du présent florilège les adaptations de ses livres, au premier rang desquelles figurent Hiroshima mon amour d’Alain Resnais et L’Amant de Jean-Jacques Annaud (une adaptation qui ne lui plaisait vraiment pas mais qu’elle disait avoir acceptée « pour le fric » : « Il faut que je laisse de l’argent à mes enfants »).
Pour chacun de ses films, classés de manière chronologique, le lecteur découvre ici un dossier, composé le plus souvent d’écrits (dont plusieurs inédits ou simplement difficiles d’accès) et d’entretiens, dossier plus ou moins consistant selon le film (13 textes pour India Song par exemple, mais un seul pour Agatha et les lectures illimitées, ou encore un entretien d’une cinquantaine de pages pour Détruire, dit-elle).
Cette progression chronologique met en évidence l’ambition de Duras (laquelle s’affirme film après film), d’ailleurs clairement affichée, et même revendiquée, de « détruire le cinéma ». Tous ses films sont autant d’actes « de destruction radicale » du septième art. Cette volonté de mise à mort, elle la répète à plusieurs reprises dans ce qui peut être tenu pour une profession de foi : « Que le cinéma aille à sa perte, c’est le seul cinéma. »
Il s’agit donc d’un cinéma qui s’interroge sur ce qu’il est, sur ce qu’il n’est pas, et peut-être plus encore sur ce qu’il se doit d’être. En l’occurrence un « cinéma parlé », avec des films « qui ne sont pas tout à fait du cinéma mais des textes ». Pour Duras, il doit surtout se tenir aux antipodes de ce qu’elle appelle « le cinéma de grande surface », autrement dit « celui de la peur, celui qui a une mauvaise odeur ». En gros, ce qu’elle propose est un cinéma pour happy few, ce qu’elle reconnaît d’ailleurs volontiers : « le cinéma que je fais, ce n’est pas public » (elle va jusqu’à encourager ceux qui ne sont pas faits pour ce genre de production, journalistes compris, à ne pas aller voir ses films).
Quand on lui demande ce qu’est le cinéma, elle répond que « c’est être enfermé dans le noir avec une image. Rien d’autre. Quelle que soit l’image ». Et quand on l’interroge sur ce qui la pousse à réaliser des films, alors qu’elle pourrait très bien poursuivre son œuvre littéraire, elle dit faire du cinéma parce qu’elle ne sait pas ne rien faire et parce que « c’est une occupation merveilleuse ».
Entre deux réponses consacrées à son propre travail, ou entre deux considérations sur le travail de l’écriture (« Je ne sais pas ce que c’est qu’écrire. ») ou entre deux digressions politiques (qui peuvent aussi bien toucher Mitterrand, Le Pen que le PC), on découvre ses goûts personnels et ses préférences, qui vont à Renoir, Ozu, Satyajit Ray, Fritz Lang, John Ford, Chaplin, Huston, Tati, Rohmer, Resnais et Bresson (« Bresson, c’est gigantesque »). Et dès qu’elle le peut, elle ne manque pas de rendre hommage aux acteurs avec qui elle a travaillé : « Delphine Seyrig et Robert Hossein, c’est la magie ».
On a beaucoup écrit sur et autour du cinéma de Duras, mais en dehors de ce que le lecteur pouvait lire dans Les Yeux verts (Les Cahiers du cinéma, 1980), les textes de la réalisatrice étaient peu nombreux. Il n’est donc que justice de rendre la parole à Duras et d’offrir à son œuvre cinématographique la rétrospective que le cinéma lui devait.

Didier Garcia

Le Cinéma que je fais
Marguerite Duras
P.O.L., 544 pages, 24 e

Duras, « tueuse de cinéma » Par Didier Garcia
Le Matricule des Anges n°228 , novembre 2021.
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