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Histoire littéraire Maudit gazon

janvier 2025 | Le Matricule des Anges n°259 | par Jérôme Delclos

Un pamphlet corrosif et trois nouvelles bien noires de l’écrivain anglais Gilbert Keith Chesterton (1874-1936), optimiste révolté.

Nous connaissons mal Chesterton. Nous n’avons pas les clés de son Angleterre victorienne, et l’œuvre de l’essayiste, nouvelliste, romancier, poète, apologiste chrétien, inventeur de la théorie économique du distributisme qui a encore ses partisans, ne se réduit pas aux histoires du Père Brown qui ont fait son succès. Il y a aussi que sa réputation de virtuose du paradoxe peut donner le sentiment trompeur d’un logicien maniaque, géomètre de labyrinthes littéraires comme… Borges qu’il a inspiré.
À lire Défense des squelettes ou plutôt The Defendant (« Le Défenseur »), best-seller en 1901, on découvre un pamphlétaire véhément, engagé dans les combats culturels, sociaux et politiques de son temps. La liste des seize « défenses », de celle « des squelettes » à celle « du patriotisme » en passant par celles « du non-sens », « des vœux imprudents », « des bergères en porcelaine » et autres indéfendables, pourra sembler fantaisiste. L’Introduction de Chesterton à son petit traité en révèle en fait la cohérence et le sérieux : l’ambition de cet anglican converti au catholicisme est strictement théologico-politique. « Il est probable que nous sommes toujours dans l’Éden ; ce sont nos yeux qui ont changé. » L’aporie est la suivante : le mal est légion, or la Création ne saurait être mauvaise. Si bien que « Le véritable révolté est l’optimiste, qui s’efforce désespérément de persuader ses semblables qu’ils sont bons ». L’auteur fait ici son autoportrait, que déclinent des éloges qui n’ont rien perdu de leur acuité. Contre le « dédain pour la littérature populaire », Chesterton promeut les « romans terrifiants à deux sous » qui montrent l’homme dans sa « simplicité ». A contrario, « C’est la littérature moderne des classes cultivées qui est franchement et agressivement criminelle », parce que « pessimiste », confortablement désabusée, se payant la morgue d’être « sans espoir » : « Cela, c’est le privilège d’une classe – comme les cigares » (on pense à Muray, à Houellebecq). Aux puritains, le Londonien oppose « la farce »« Aristophane, Rabelais ou Shakespeare » –, et « l’argot vivant, souple et ailé du marchand des quatre-saisons », à « la langue des strates supérieures, des classes cultivées », soit « la production littéraire la plus plate, la plus inutile et la plus désespérée que le monde ait pu concevoir ».
Il s’agit toujours, dans ces pages emportées, de la défense du petit, du faible, du pauvre, d’où celles « du culte des enfants », « de l’humilité », « de la laideur », et même « du patriotisme » s’il s’agit d’aimer sa patrie pour ses « poètes » et non « pour en arriver à parler de conquérir des colonies et de boxer les indigènes ».
Les trois nouvelles du Jardin enfumé témoignent de cet optimisme tourmenté : en lutte contre l’Ange – son propre désespoir face à la noirceur du monde –, hanté par la question du vice sous le masque de la vertu, et sceptique mais de façon flottante comme la fumée de cigare, dans le jardin de Mrs Mowbray, dont on vaporise les roses. Pour Miss Crawford qui le regarde sous le bon angle, le tableau idyllique d’un « jardin rouge de splendides rangées de rosiers de plein vent » se déchirera pour laisser voir un meurtre sordide. Dans « Le cinq d’épée », une enquête au sujet d’un duel confondra la crapulerie d’hommes d’affaires moralisateurs, et dans « La tour de la trahison », un ermite a ces mots graves : « Non, ce n’est pas que le monde ne vaut rien et que nous le rejetons. C’est précisément lorsque l’univers entier des étoiles est un joyau, comme les joyaux que nous avons perdus, que nous nous souvenons de son prix ».
C’est un puissant détersif que l’« attitude défensive » prônée par Chesterton : défendre le monde contre les « mondains » – salauds de riches, affairistes, arrogants nihilistes à la mode – qui ne veulent que le statu quo. « Si le monde est bon, nous sommes révolutionnaires ; si le monde est mauvais, nous devons être conservateurs. » Le Défenseur, qui préconise pour réformer les mœurs des jeunes gens de « fermer les banques » et d’ouvrir grand « tavernes » et « music-halls », a choisi son camp.

Jérôme Delclos

G.K. Chesterton, Défense des squelettes, traduit de l’anglais
par Georges-A. Garnier, 127 pages et Le Jardin enfumé, traduit de l’anglais par Marc Voline, 134 pages, L’Arbre vengeur, 16

Maudit gazon Par Jérôme Delclos
Le Matricule des Anges n°259 , janvier 2025.
LMDA papier n°259
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