Dans cette pièce courte et explosive sur laquelle elle travaille depuis une dizaine d’années, Magali Mougel aborde la montée du racisme et la haine de l’immigré. Cette dernière version a été déclenchée par un événement survenu près de chez elle, lorsqu’une pétition est lancée fin 2023 contre l’accueil de trente mineurs isolés dans un centre de vacances privé. Elle raconte : « On pense que la ferme-auberge à proximité va avoir une baisse de fréquentation, que l’assistante maternelle qui vit à quelques mètres du centre va mettre en danger les enfants qu’elle garde, que les gamins et gamines qui rentreront chez eux après l’école vont se faire agresser. Bref, c’est pire que la réintroduction du loup. » Sa réponse, elle la trouve dans l’écriture : « j’écris, au plus proche de l’actualité, comme une façon de conjurer ma colère et mon incompréhension devant la haine nationaliste qui siffle dans les bouches. »
Mauvaise pichenette ! est un huis clos à trois personnages, la mère Doris, le fils Greg et la fille Anna, l’action se déroulant dans une ferme. L’extérieur est sonorement très présent, évoqué par des didascalies très écrites. « Un soir tard, quand les renards commencent à piailler pour rappeler leurs petits et que les chiens finissent de se répondre, entre vallées, par de longs et lancinants OUH YÉH WOUH WOUH WOUH. » Puis les bruits de la petite bande d’amis de la sœur, arrivés dans la nuit, ça rigole, ça klaxonne. À l’intérieur Greg fulmine, sa mère tente de le calmer. L’arrivée d’Anna provoque une dispute. Greg et Doris veulent savoir pourquoi elle ne s’est pas rendue à son stage dans un restaurant étoilé. Anna répond avec insolence. Le lecteur a d’abord l’impression que les reproches tournent autour du fait qu’Anna délaisse ses études pour faire la fête et que son frère n’est pas tendre avec elle, jouant le rôle du père, décédé. Mais petit à petit se dévoilent les vraies raisons de cette colère : les flics sont venus à la ferme parce qu’un jeune migrant, logé dans une ancienne colonie de vacances du village, a été tabassé, la mobylette de la sœur ayant été vue à proximité des lieux du drame. Deux discours vont alors s’opposer violemment, celui de Greg qui revendique les valeurs de sa famille, une famille de justes : « Anna, quand je me lève le matin, je suis en colère contre le système, pas contre les gens qui sont autour de moi. Je me demande comment on peut faire pour que la vie soit mieux, mais je ne me demande pas sur qui je vais passer mes nerfs parce que je me sens lésé ! », et celui d’Anna pour qui son geste n’est qu’une « pichenette qui dérape ».
La tension de cette pièce, glaçante, va crescendo. Les dialogues sont ciselés. Magali Mougel a écrit une partition avec des moments qui s’accélèrent, s’entrechoquent, des silences lourds, une pensée qui n’arrive pas toujours à trouver ses mots, ponctuée de slashs. Mauvaise pichenette ! ressemble à une bombe incendiaire et se termine dans un gigantesque incendie. Une métaphore des temps à venir ?
Laurence Cazaux
Mauvaise pichenette ! de Magali Mougel
Espaces 34, 48 pages, 13 €
Théâtre La peur de l’autre
mars 2025 | Le Matricule des Anges n°261
| par
Laurence Cazaux
Mauvaise pichenette ! met en jeu le processus inéluctable de la violence issue du racisme.
Un livre
La peur de l’autre
Par
Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°261
, mars 2025.

