La guerre et ses hordes de soldats ne sont jamais loin dans ce premier roman édifiant de Magdalena Blažević. Et pourtant, il faut quasiment attendre la moitié du récit pour que l’horreur d’une attaque apparaisse, avec son cortège de victimes et de sang. C’est que l’auteure bosnienne (son hommage est explicite : « Aux habitants du village de Kiseljak, en mémoire du 16 août 1993. ») a mis beaucoup de pudeur dans cette longue confidence d’une adolescente, narratrice omnisciente qui connaît son destin : « Je m’appelle Ivana. J’ai vécu quatorze étés, et ceci est l’histoire du dernier ». Tout à sa joie de vivre dans cette campagne de Bosnie-Herzégovine, malgré le conflit dont on devine le bruit et les éclairs, c’est de nature que la jeune fille s’enivre. Sa famille, les gens du village et surtout sa meilleure amie, Dunja, habitent ses pensées. Nostalgique, elle ne se contente pas de raconter ces fameux mois d’été, mais replonge dans ses souvenirs. C’est la vie rurale qui se déploie sous la plume de Magdalena Blažević. Une description sans angélisme car dans ces contrées, la vie est rude et la nature, magnifique, est aussi impitoyable. Au moindre relâchement des habitants, le dépérissement envahit les terrains autrefois conquis. L’état du village, abandonné pour fuir la menace, en témoigne : « Dans les coins sombres tapissés de mousses toxiques poussent des champignons qui s’effritent au toucher ».
Plus tard, dans le hameau d’à côté où la famille d’Ivana s’est réfugiée, l’espoir de paix et d’une vie meilleure s’estompe. Le quotidien est difficile et quand une nouvelle maison reçoit les exilés, c’est « la plus laide du village ». Magdalena Blažević n’est pas dans l’évitement. Au plus fort des combats, elle n’hésite pas à montrer la mort. Un réalisme toutefois estompé par une forme de résistance. Dans le malheur, la langue reste belle. Un voilage décoré de fleurs recouvre un corps meurtri : « instantanément, elles fleurissent rouge ».
Franck Mannoni
À la fin de l’été, de Magdalena Blažecić
Traduit du croate par Chloé Billon, éditions Bleu et jaune, 184 pages, 19,90 €
Domaine étranger A la fin de l’été
mai 2025 | Le Matricule des Anges n°263
| par
Franck Mannoni
Un livre
Par
Franck Mannoni
Le Matricule des Anges n°263
, mai 2025.

