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Poésie Sous le soleil à notre âge

mai 2025 | Le Matricule des Anges n°263 | par Emmanuel Laugier

Douzième livre de Stéphane Bouquet, Tout se tient enchaîne une série de phrases-poèmes ouvertes sur l’élégiaque sentiment de l’existence, histoire de ne rien transiger. Bouleversant.

Les phrases des livres de Stéphane Bouquet, quelle que soit la forme dans laquelle elles se lovent (poèmes courts, ou aux vers amples, proses afférentes, conte, dialogues, micro-récits, fragments numérotés, etc.) se reconnaissent immédiatement par la torsion singulière dont elles se fusellent. Leur galbe, leur façon de tomber, d’attaquer un espace, d’aller, entre over et under dress, les signale. De la même façon qu’elles conduisent aussi, par leur élan, à l’expérience d’un dépaysement, fleuve où l’on ne se baigne jamais deux fois dans le même tissage de ses livres. Dans Vie commune, « Élégie encore » s’ouvre ainsi : « Je déclare la solitude ouverte. C’est la vraie inauguration du moindre/monde », alors que dans Les Amours suivants, aux « Amours restants » une « floue promesse 1m85 » viendra-t-elle, ou pas, « comme si j’allais nager dans le bassin de la tranquillité/où chaque longueur étire un peu la durée des demains promis ». Dans Le Fait de vivre (2021), il s’affir-me qu’« Item la lumière rasante sur le rouge or éculé mais irrésistible du parc à cause/de l’allure d’élégie urgente du soir ». C’est que tout reste à dire, à égrener, perles de joies, rencontres, tchatches pour un rien sans finalité entre ami.es, « et moi aussi, secrètement, secrètement, je me dépose dans la bouche duveteuse des choses » est-il confié dans Nos amériques.
Aussi l’on ne s’étonnera presque pas de lire encore (l’adverbe revêtant les formes d’un conatus toujours cherché chez Bouquet), dans son nouveau livre ceci : « Supposons que l’élégie aille/ainsi, suivant sa propre pente/en un bizarre et instoppable slalom : “Sinon cela que reste-t-il/qui glisse encore/sur le toboggan sinueux des choses ?” » (p.17-18). Alors que Boileau écrit dans L’Art poétique de « La plaintive élégie en longs habits de deuil/Sait, les cheveux épars, pleurer sur un cercueil », Stéphane Bouquet lui ajoute un thrène extensif que sa poétique, osons le mot, fidèlement expose et redécouvre, c’est-à-dire redéploie en des phrases d’où émane le désir de présents absolus. Ce sont alors de véritables Phrases-Amériques qui se cherchent dans la traversée entière d’un océan, des phrases orphelines en partage pourtant d’un autre espace que celui de la perte. Elles se gagnent à la force du poignet qui les attend et les recueille, comme qui encore insiste : « de toute façon tu choisiras/ta propre liste du verbe vivre/qu’on puisse toujours entendre le bruissement que tu fais/dans les langues ». Tout se tient alors, d’un livre l’autre à ce nouveau titre éponyme, si juste. Aussi les pronoms, le « je » ou le « il », ou les « nous » qui émaillent les poèmes des différents livres viennent-ils d’une même racine d’action, celle, sans aucun doute, de l’Éros qui, ici et là, se dissémine dans la multitude des gestes et des attentions : s’« il regarde la vitesse du paysage et note mentalement : que je n’oublie pas/les feuillages vert argent vus du train/tapés de soleil », c’est aussi qu’il faut y adjoindre la possibilité d’une « douce joie », qu’à l’endroit de ces soleils « tapés » existe « la contre-épreuve évidente de l’horrible chaleur et sécheresse » du dérèglement climatique. Qu’une « échappatoire au soleil suppliciant méditerranéen » d’Ulysse jusqu’au nôtre puisse être envisagée comme idylle, c’est-à-dire comme une brièveté à venir, un laps de bonheur à habiter. Cette innocence appelée jusqu’à l’élégie, Bouquet l’appelle une « autre enfance », et si elle est un leurre, elle reste le sien et celui à partir duquel quelque chose se désire.
Dans Tout se tient cette même pugnacité désirante se donne, jusqu’au central « Conte & légende », bouleversante histoire de l’enfant au motif de la fougère au grain cinématographique digne de La Nuit du chasseur. Elle vient même vous prendre par la main avec sa langue étrange, mais si vive et revigorante : le cinquième moment des « Méditations de l’ancien jeune homme » s’amorce ainsi : « Bien sûr la nature a déjà tout fait en mieux : là-/bas au fond il y a un tout mignon et Fuji de neige//qui suffit à confirmer que nous sommes n’importe la-/quelle ponctuation de plus dans la phrase des choses ». « Oh eh bien » dans le nord du futur sans horizon d’aujourd’hui il y a pourtant, et ce livre en est plus encore qu’une preuve, une égalité inégalée, ou une inégalité égale qui fait adresse, le poème étant « la signature provisoire d’un accord ? Chaque vers/cherchant/le chemin d’un baptistère de fraîcheur ».

Emmanuel Laugier

Tout se tient, Stéphane Bouquet, P.O.L, 121 pages, 18

Sous le soleil à notre âge Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°263 , mai 2025.
LMDA papier n°263
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LMDA PDF n°263
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