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Dossier Violaine Bérot
Greg et la mort

octobre 2025 | Le Matricule des Anges n°267 | par Éric Dussert

Le nouveau roman de Violaine Bérot, Du côté des vivants, interroge notre capacité à prendre soin les uns des autres.

Que dit-on lorsqu’on prononce le mot « soigner » ? Cette interrogation qui innerve toutes les professions médicales, et quelques autres, traverse l’œuvre de Violaine Bérot dans un roman plus souriant qu’il n’y paraît d’abord. Son personnage principal, Greg, est un homme à l’article de la mort, et il le sait. La chimiothérapie qu’il a subie dans un grand centre hospitalier traitant les cas à la chaîne l’a laissé sur le flanc, « sub-claquant » comme disent les filles et fils d’Hippocrate. Il a compris que cette chimie-là aurait raison de son corps, et de son être, partant de son esprit. Et dès la première page du roman, il prend acte et décide de ne plus se soigner, de ne plus subir quoi que ce soit, de profiter avec toute sa dignité des six mois qui lui restent sans se laisser empoisonner par un traitement trop radical. Mourir oui, mais mourir libre et dans la pleine maîtrise de soi, et, surtout, en jouissant pleinement de son rapport aux autres. « Et c’est cela que Greg veut vivre dorénavant, des instants où l’on est heureux d’être ensemble, où l’on ne se pose pas davantage de questions. Il se jure que dans les six mois à venir il ne se limitera pas à ses proches, il passera du temps avec les inconnus qui surgiront, comme Alphonse, en travers de sa route. Il a besoin de cette générosité pure »
Violaine Bérot a déjà abordé les questions de la maladie, mentale notamment dans Comme des bêtes, et de l’étrangeté des êtres qui ne correspondent pas à la norme. Comme le troisième volume d’un cycle, elle aborde cette fois la question de la mort et s’y prend avec assez de sensibilité pour en présenter un miroir vivant. Avec Comme des bêtes, elle avait d’abord exploré la colère sur le mode d’un discours à la première personne. C’est plus beau là-bas avait interrogé ensuite les incohérences de nos existences à la deuxième personne, et c’est dans cette troisième œuvre rédigée à la troisième personne, œuvre aussi dense que les deux premières, qu’elle trace une ode à la vie, celle, « soignée » si l’on veut, qui mérite d’être vécue. En une page et sur l’espace d’une journée, elle nous livre la situation : Greg, installé dans un petit hôpital, à « taille humaine » cette fois, s’interroge sur la manière dont il communiquera sa décision, son intention, à ses proches. Dans sa chambre 308, est également allongé Alphonse, un vieil homme assez solitaire dont le palpitant a des tocades, et dans une chambre en face, une gamine fantasque qui voit des choses. Passent la femme de ménage obnubilée par son amoureux, une jeune docteure d’origine argentine convaincue de son rôle de sauveuse, les amis et amies qui visitent Greg et luttent contre les effets yoyo des annonces successivement inquiétantes et positives, Marie l’infirmière qui s’interroge sur la douceur, Jérôme l’aide-soignant aux aspirations étouffées… Et tous, au fond, pourraient prononcer ses vers qui jaillissent au cœur du livre : « Parfois quelqu’un nous voit./ Parfois nos signes, nos ruses, nos...

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